de ROFFI / martine roffinella

Caresser la mort dans le sens du poil

Caresser la mort dans le sens du poil
Dans son livre L’homme à la tête de chat, Daniel Tahl nous offre le récit d’un « guerrier revenu de l’enfer » et qui, au terme d’un parcours initiatique singulier, apprend à vivre dans « l’ultime vérité ».

« Elle et moi nous nous sommes aimés. J’étais le soleil de sa vie et elle mon univers tout entier » – et le narrateur de nous confier qu’être « le fils unique d’une femme autoritaire qui vous a désiré en dépit d’un départ prévisible du père » a fait de lui non seulement « un fils mais un roi ».

Dans ce récit que Daniel Tahl présente comme une histoire vraie, tout commence donc très bien, et « s’il existe un paradis », écrit-il, « je pense y avoir séjourné » – du moins jusqu’à l’entrée à l’école, où la souffrance provoquée par la « cruauté » des autres enfants lui donne un « avant-goût » de ce qu’il endurera plus tard.

« La haine m’étrangle lorsque je visualise ces enfants moches et menaçants qui me rackettaient dans la cour d’école et souillaient de leurs mains sales les précieux dons de ma déesse », nous explique Tahl, qui mettra « vingt-cinq ans pour comprendre leurs codes et leur mode de fonctionnement basique fondé sur les rapports de force ».

Ainsi commence l’apprentissage du « guerrier en devenir », qui doit « pouvoir sauter sans peur d’une falaise ». C’est « vers l’âge de dix-sept ans » que tout débute, à savoir l’expérience de la spiritualité, ce « voyage sans retour » qui transforme irrémédiablement notre vie, car « le tsunami dévastateur vient avec une lame de fond née des abysses de la conscience ».

La quête de Daniel Tahl sera jalonnée par plusieurs guides, dont le précieux Chinh, ami qui sait le percer « à nu » et planter en son âme « une petite aiguille indolore qui vous injecte une quantité infinitésimale de sérum divin ». Chinh lui enseigne qu’il faut déterminer « son destin en fonction de ses envies et non de ses peurs », l’invitant à vivre « la vie belle et héroïque qui n’appartient qu’à ceux qui sont prêts à tout risquer ».

Mais survient le « cataclysme ». La morsure d’un chat voulant jouer avec sa maîtresse provoque l’invraisemblable mort d’Anna, la mère adorée du narrateur, lequel rejoint bientôt une petite secte, échangeant ainsi sa « solitude contre [sa] liberté ».

C’est pourtant un leurre, et j’invite le lecteur à découvrir une à une les autres étapes cruciales qui conduiront Daniel Tahl à comprendre que « celui qui se rend capable de lâcher prise avec ses peurs à n’importe quel moment de sa vie est un guerrier invincible ».

Il faut « trancher la tête de l’hydre » aussi souvent que nécessaire jusqu’à ce qu’elle se taise « à jamais, impuissante et dominée par son maître ». Et l’on retient son souffle devant la somme des épreuves qui s’enchaînent, laissant le cœur du narrateur « se consumer », alors que son âme heurte « pour de bon le fond d’une mer de chagrin et de désespoir » dans laquelle il se noie.

La résurrection arrive pourtant – et nous n’en dirons pas plus sur la façon dont elle se produira puis s’agencera. Sachez simplement qu’un « fauve mystique », celui-là même qui a emporté Anna, sa mère et déesse, prendra désormais place sur l’épaule de Daniel Tahl, grâce à l’œuvre d’un sorcier tatoueur polynésien.

« La mort est un chat qu’il ne faut pas craindre mais caresser pour qu’il accepte qu’on le porte sur son épaule. »

Le livre, que l’on dévore puis savoure en retournant sur nos pas, nous donne de précieuses clefs pour nous « moquer de ce squelette habillé d’une cape et armé d’une faux », qui n’est plus un « épouvantail » mais une « puissante alliée » nous permettant de vivre dans « l’ultime vérité » – celle qui rend « invincible ».

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Quatre questions de Martine Roffinella à Daniel Tahl

1. À quel moment l’idée de l’écriture de ce livre a-t-elle pris corps dans votre esprit ? L’avez-vous toujours portée en vous – du moins à partir de l’étrange mort de votre mère – ou bien a-t-elle surgi seulement à l’issue du parcours initiatique ? Pourriez-vous nous parler de sa genèse ?

Daniel Tahl : J’ai appris dans la violence du drame, ce qu’était de vivre dans l’ultime vérité, incontournable et implacable. Sur mon chemin de vie, j’ai rencontré d’autres guerriers dont on sait, lorsque l’on perçoit la lumière qui siège dans leurs yeux, qu’eux aussi ont compris… Ils ont tous un point en commun : ils ont vu la mort en face. Mais faut-il passer par de telles souffrances pour comprendre cette chose dont la simplicité se cache derrière l’orgueil de celui qui croit savoir, comme si ce que je lui disais était si évident ? Devant l’angoisse, l’anxiété, de mes proches, que je voulais délivrer de leurs peurs en leur expliquant simplement qu’ils peuvent mourir d’une seconde à l’autre et que dans l’attente, il n’y a rien à craindre, qu’il faut être heureux, j’ai souffert de la frustration. Car j’avais beau expliquer, rabâcher, je voyais bien que je n’arrivais pas à les aider.

Alors je me suis dit qu’il fallait que j’écrive ce livre, pendant qu’il en était encore temps, pour diffuser ce message et laisser derrière moi un héritage, pour mes enfants, mes proches et tous ceux qui voudront comprendre. 

2. Sans dévoiler la trame de votre ouvrage, qui est très étonnante, comment regardez-vous le tissu de votre existence ? Avez-vous à présent une idée assez nette de votre « nécessité » dans l’Univers – ou du moins de votre utilité cosmique ?

D. T. : Écrire ce livre m’a offert une vue macroscopique de mon parcours, dévoilé une certaine cohérence des choses, et gravé dans le marbre que le hasard n’existe pas. Cela m’a convaincu de la légitimité de la quête, celle de l’accomplissement de soi. Sur ce chemin, qui n’est pas le plus facile, on doute parfois, et on se demande si on a bien fait. On souffre parfois de la frustration de ne pas avoir atteint son but. Et finalement, le mystère se dévoile et on découvre une réussite bien plus éclatante que tout ce qu’on aurait pu imaginer. Ce n’est qu’avec le recul et le temps que l’on comprend l’incroyable justesse de ce que l’on prenait pour injustice et ingratitude dans le creux de la vague, après avoir sauté de la falaise. Il fallait passer par ce point pour arriver à cet autre point, c’est évident à postériori.

La démarche de la quête spirituelle, vue ainsi peut sembler bien égoïste, mais la diffusion de cet ouvrage et les retours si touchants de mes lecteurs me font parfois penser (oserais-je le penser) que mon existence a été utile à certains. L’argent n’est en l’occurrence pas ma motivation. L’échange avec tous ces gens adorables et si reconnaissants est LA récompense.

3. Dans la position du « guerrier » si bien décrite dans votre livre, quelle est la proximité de Dieu ? S’agit-il d’une spiritualité et/ou d’un ésotérisme avec ou sans dieu(x) ?

D. T. : Je vous répondrai d’une façon qui va vous sembler aussi choquante qu’arrogante, et je maintiens ces propos depuis de nombreuses années : Dieu c’est moi.

Il n’y a pas de monde sans observateur. Si je ne le voyais pas à travers mes yeux, ce monde n’existerait tout simplement pas. Si je meurs, tout disparaîtra. Et donc, je suis le créateur de ce monde. Depuis l’intérieur, je façonne l’extérieur. Si je vais mal, l’extérieur s’assombrit. Si je me comporte mal, les pires choses peuvent m’arriver. Si je suis bon et cherche à faire le bien, l’extérieur me renvoie cette beauté et des miracles se produisent. Écoutez parler ces gens qui ont eu un destin extraordinaire. Ils disent tous qu’ils ont fabriqué leur réussite par la pensée, parce qu’ils croyaient dur comme fer à leurs rêves. C’est exactement le même phénomène qu’ils décrivent en fait, dit d’une autre façon.

Je sais que dire « Dieu c’est moi » peut choquer, que lorsque je dis « si je meurs, le monde disparaît », ils vont répondre « Non, si tu meurs, moi je continue d’exister avec mon monde ! ».

Oui, c’est vrai. Ces deux vérités contradictoires coexistent parfaitement dans le même univers, c’est ce qu’on appelle un paradoxe. Et l’existence est de cette nature-là.

Dieu c’est moi, Dieu c’est toi aussi. 

4. Si vous deviez résumer votre livre en une seule phrase présentant votre quête, quelle serait-elle ? Et pourquoi ? Pour qui ?

D. T. : Les rêves n’appartiennent qu’à celui qui y croit, faites ce que vous avez ENVIE de faire, n’écoutez que votre cœur et non les montagnes de raisons, tous ces gens qui savent toujours mieux que vous ce qu’il est bon de faire. Pourquoi ? Pour être heureux tout simplement. Pour qui ? Pour tout le monde. Ce message, qui n’a rien de novateur, s’adresse à tout un chacun.


L’homme à la tête de chat – Une histoire vraie, par Daniel Tahl, aux éditions Terre En Ciel. 19,90 €

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Commentaire(s)

  1. Félicitations pour cet entretien qui invite à la lecture….
    J’ai beaucoup aimé cette ambiance très chaleureuse.
    Bien à vous chère Martine.
    Frédéric.

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