Motmandise #3

L’eau n’est pas là, elle rêve, elle part. Éviter de la brasser en songe, sinon elle cauchemarde. La penser sans la voir. L’imaginer drapant mon corps. Le contenant ! La légèreté du ventre de la mer qui porte. Les bras déployés, nageoires de l’éclat, fragments d’être libre qui s’ébat. Laisser les paupières descendre. Garder le cri dans un poumon, l’étendre dans l’autre, chasser la rumination – rire. À l’éveil, ma peau est sèche, mais l’âme s’est éparpillée, ses écailles sont lisses, elle est partie seule, libre de mon mot. Débridée je la laisse. C’est elle qui reste. Je me rejoins. 

©Motmandise de l’été 2021-3


Motmandise #2

Viens que je t’enlace, danse avec moi, tourne, vire, embrasse-moi ! La valse tonne, je me déhanche, tu me frôles, tu me tiens, tu me lâches et me reprends. Où es-tu ? Mais là ! À peine disparue, déjà retrouvée, tu m’as manqué, je t’ai détestée. Pars ! Mais reste ! Mes pas t’épousent et pourtant je ne sens rien. Je cueille tes lèvres, tu n’as pas d’autre haleine que le froid de la tombe. Ah ! Tu ne me quittes jamais. Fin du tournis, mon souffle s’essouffle. Allons dormir dans la pierre, ma solitude.

©Motmandise de l’été 2021-2


Motmandise #1

L’œil ouvert, le corps endormi, le rêve en jachère. Dans quelques minutes, un bout d’instant presque mesurable, les volets s’ouvriront sur la vallée.
Pour le moment la vie débute, neuve, nouvelle-née, prête à gigoter, s’ébrouant déjà, s’étirant, vérifiant ses extrémités.
Une main sur mon ventre qui respire. Je restreins le mouvement, retiens l’élan, contiens l’espace impatient qui cherche à s’habiter.
Il est à peine, presque ou déjà six heures le matin. Dès le premier chant, dès le premier bruit du sol, dès la première vague de ciel, je quitterai mon sommeil.

©Motmandise de l’été 2021-2