de ROFFI / martine roffinella

Au gré des « pierres blanches et des pierres noires », Vanessa Arcos raconte comment Les orteils se dressent pour écouter

Au gré des « pierres blanches et des pierres noires », Vanessa Arcos raconte comment Les orteils se dressent pour écouter

©MartineRoffinella

Au risque de passer pour une gobe-mouche, je viens (encore) faire état ici d’une saisissante rencontre permise grâce aux réseaux sociaux, pourtant si souvent décriés. Vanessa Arcos est ce qu’on appelle une belle personne que je vous invite à découvrir et à lire sans tarder.

« Tout le monde a des pier­res blanch­es et des pier­res noires sur son chemin », écrit Vanes­sa Arcos dans l’interview sen­si­ble qui suit – et cela m’a fait sourire, car juste­ment, la col­lec­tion que je souhaitais créer en tant qu’éditrice s’intitulait Pierre blanche (mais je me suis vu oppos­er que cette expres­sion était « trop abstraite » pour le grand pub­lic – que nen­ni en vérité !).

L’autrice sait de quoi elle par­le en matière de Des­tinée, alors que, enfant, elle voulait avoir « le rôle du gen­til, de l’innocent, du héros », « pour­chas­s­er la laideur, la méchanceté et la bêtise » – mais aus­si être « celle que l’on ne rat­trape pas ».

Plus tard, elle com­pren­dra que « rien n’enfermera jamais » celle ou celui qui « saura revenir sur ses pas et ajuster sa tra­jec­toire aux sit­u­a­tions ».

Elle percevra d’autant mieux cette maxime qu’elle-même se trou­vera con­fron­tée à « l’erreur », dev­enue un « per­son­nage de fic­tion, englué dans de faux réc­its », alors que ses « man­agers » seront des « gourous, des manip­u­la­teurs » ayant pour objec­tif de « for­mater, endormir les esprits, pour mieux les asservir ».

Pho­to : ©Mar­tineRoffinel­la.

C’est alors qu’elle se remet « en marche et en marge » – « il fal­lait que je sorte de ma route », écrit-elle, « il me fal­lait une déli­ai­son » et « aller en dehors de ma zone de con­fort chercher des répons­es » ; « que je me perde avant de me trou­ver » , « par­tir seule », mais dans « un mou­ve­ment avec du sens ».

Vanes­sa Arcos décide ain­si d’aller « marcher sur les chemins de Saint-Jacques-de-Com­postelle pen­dant trois semaines : deux cent cinquante kilo­mètres entre Le Puy-en-Velay et Figeac – de la Haute-Loire à la Val­lée du Lot, en pas­sant par la « gran­i­tique Marg­eride, le Gévau­dan, le plateau de l’Aubrac en Avey­ron ».

Le réc­it de cette expéri­ence vaut vrai­ment le détour – et je ne veux pas vous en dévoil­er ici toute la magie, car c’est dans la lec­ture de l’ouvrage de Vanes­sa Arcos que chacun·e puis­era sa pro­pre petite dose de beauté pour attein­dre les « rives de soi, extra­or­di­naires rives de l’âme ».

Surtout : ne plus « avoir peur de soi, ni de ce qu’on pour­rait y trou­ver, d’inconnu ou d’étranger » ; « écouter le chant du monde ».

Après ce pèleri­nage, pour Vanes­sa débute un « par­cours ini­ti­a­tique », avec la nais­sance de Valen­tine, enfant « por­teuse de tri­somie ».

Com­ment l’autrice réa­gi­ra à cet événe­ment jusqu’à « l’acceptation absolue » ?

L’interview ci-après vous donne quelques indices – qui sont autant d’éléments cor­re­spon­dant à la déf­i­ni­tion, certes un peu gal­vaudée, de ce qu’est une belle per­son­ne.

EXTRAIT (p. 190–191) :

« Créer un livre qui deviendrait ce que chaque lecteur a envie de voir et de retenir. Un espace de lib­erté, un champ d’inspiration pour con­fig­ur­er sa vie ou recon­fig­ur­er son exis­tence.

Un livre comme une balise, sur le chemin des lecteurs qui auront eu le goût et le courage de lire l’aventure jusqu’au bout. Un réc­it de vie qui encour­age cha­cun et cha­cune à ne jamais s’arrêter de marcher, à créer son mou­ve­ment et à en rester maître. »


La parole à Vanessa Arcos

©Vanes­saAr­cos.

Lorsque j’étais enfant, je ressen­tais que la vie était d’une pro­fonde grav­ité et en même temps d’une infinie lib­erté.

Je ne savais que faire de cette idée, ce n’était pas encore le moment de con­stru­ire dessus. Ce n’était qu’une intu­ition. Je n’avais que mes bas­kets aux pieds pour m’entraîner dans des con­trées inex­plorées, pour sen­tir et décou­vrir le monde.

Pho­to : ©Vanes­saAr­cos.

À l’adolescence, j’ai com­mencé à voir l’existence comme un ensem­ble de petits scé­nar­ios dans lesquels nous devons nous débat­tre et tir­er notre épin­gle du jeu, jour après jour.

La lec­ture et l’écriture sont alors dev­enues pour moi des choses pro­fondé­ment naturelles et salu­taires.

J’ai lu en auto­di­dacte, tout ce qui pou­vait me tomber sous la main. J’ai tou­jours été sen­si­ble aux mots, à leur mes­sage, à leur musique.
Décou­vrir des auteurs et de grandes œuvres m’a per­mis d’aiguiser ma réflex­ion sur l’existence, sur les autres et sur moi-même.
J’ai com­mencé à écrire des poèmes, des chan­sons, des pen­sées.
J’ai ain­si décou­vert que la lit­téra­ture et l’écriture sont des ter­res de lib­erté et d’apprentissage.
Elles enrichissent, elles guident, elles dépla­cent.

Pho­to : ©Vanes­saAr­cos.

Mal­gré ma pas­sion pour les let­tres, j’ai opté pour des études de droit. J’ai quit­té rapi­de­ment cette fil­ière qui n’a pas tenu toutes ses promess­es. J’avais un peu trop fan­tas­mé ce type d’études.
J’ai bifurqué dans les ressources humaines et suis dev­enue respon­s­able de recrute­ment. Je voulais tra­vailler avec l’humain, c’était la voie idéale.

La vie a suivi son cours et j’ai con­tin­ué d’écrire dans mon coin à des moments per­dus.

Puis un jour de courage et d’audace, j’ai envoyé un man­u­scrit à Mar­tine Roffinel­la, alors éditrice.

Je lui ai pro­posé un tapuscrit très atyp­ique, ne croy­ant pas franche­ment qu’il allait ren­tr­er dans sa ligne édi­to­ri­ale.
Effec­tive­ment, il ne cor­re­spondait pas à ce qu’elle attendait.

Néan­moins, elle a pris le temps de me répon­dre et m’a encour­agée à chercher un édi­teur car elle trou­vait que l’écriture méri­tait pub­li­ca­tion.

Elle m’a donc ori­en­tée vers une lec­trice pro­fes­sion­nelle de sa con­nais­sance, Colette Chevol­leau. Grâce à elle, j’ai com­pris à ce moment-là qu’il fal­lait avant toute chose répon­dre au besoin édi­to­r­i­al d’une mai­son pour espér­er y prospér­er. Ce qui va bien au-delà de la fameuse ligne édi­to­ri­ale.

Je me suis instan­ta­né­ment lancé le défi d’écrire un ouvrage cor­re­spon­dant à la mai­son d’édition, spé­cial­isée dans le « développe­ment per­son­nel », où tra­vail­lait Mar­tine.

J’avais toute la matière en moi pour cela.

Pho­to : ©Vanes­saAr­cos.

J’ai donc mis deux mois pour écrire Les orteils se dressent pour écouter.
C’est le temps qu’il m’a fal­lu pour con­stru­ire les qua­tre par­ties de mon livre.
Tout est venu comme une évi­dence.
Colette a tou­jours été là pour m’encourager et me pro­pos­er son aide pour les cor­rec­tions.

Alors que le tapuscrit est tout juste achevé, Mar­tine m’annonce qu’elle démis­sionne de son poste d’éditrice.
Je me suis dit que la chance me tour­nait le dos !
J’ai con­tac­té divers édi­teurs et je suis allée vers Encre Rouge, qui a été le pre­mier à me répon­dre.
Plus de deux mois et demi après, une mai­son très con­nue m’a répon­du pos­i­tive­ment et l’ancien patron de Mar­tine était intéressé.
Au final, trois édi­teurs intéressés pour un seul tapuscrit. C’était inespéré !

Pho­to : ©Vanes­saAr­cos.

La con­struc­tion de mon réc­it repose sur qua­tre mou­ve­ments.

Comme qua­tre espaces-temps où les choses, les êtres, les cir­con­stances se rap­prochent, s’imbriquent ou s’éloignent, ne ces­sant jamais de dépos­er en soi la mar­que de la des­tinée.

Qua­tre par­ties d’une exis­tence – vagabondage, errance, pèleri­nage et par­cours ini­ti­a­tique –, pour un réc­it de vie auto­bi­ographique qui a pour fil rouge l’apport de la lit­téra­ture et de la philoso­phie.

Le lecteur suit pas à pas le déroulé de mes aven­tures de vie, comme les péripéties d’une héroïne de roman devant les chausse-trappes, les axes labyrinthiques et les moments de répit.

Il suit mon évo­lu­tion et mon étayage d’un point de vue spir­ituel et intel­lectuel, de l’enfance à la matu­rité (j’ai quar­ante-deux ans), où les pier­res blanch­es et les pier­res noires jalon­nent l’existence.

Pho­to : ©Vanes­saAr­cos.

Je ne racon­te pas une vie extra­or­di­naire, extrav­a­gante ou même trag­ique.

Tout le monde a des pier­res blanch­es et des pier­res noires sur son chemin. La vie n’est pas un long fleuve tran­quille.

Je ne veux pas révéler la trame nar­ra­tive mais je peux quand même dire dans les grandes lignes que le monde du tra­vail, un pèleri­nage à Com­postelle et la nais­sance d’un enfant dif­férent nour­ris­sent les remaniements intel­lectuels et spir­ituels dont il est ques­tion.

Dessin d’enfant. ©Vanes­saAr­cos.

Dans cet ouvrage, je con­te une exis­tence sem­blable à celle de tout un cha­cun, où la réflex­ion et l’analyse per­me­t­tent de faire évoluer l’angle d’observation, donc la pos­si­bil­ité que nous avons de con­stru­ire notre réal­ité pour choisir en con­science notre par­ti pris de vie.

J’ai voulu pein­dre mon par­cours per­son­nel pour l’inscrire dans la recherche d’un des­tin où la lib­erté et la cohérence intérieures sont pri­or­i­taires sur toutes autres choses – et ne sont jamais négo­cia­bles.

Mal­gré les vicis­si­tudes de l’existence, j’avance, je gran­dis et veille à ne jamais trahir mes valeurs.

Je suis debout, je marche sur les chemins de la vie et ne cesse de me décou­vrir.

Pho­to : ©Vanes­saAr­cos.

 La portée de ce livre se situe bien au-delà de ma petite per­son­ne.
Il se veut uni­versel, dans la mesure où nous avons tous des des­tinées plus ou moins labyrinthiques.

Entre la nais­sance et la mort, notre seule lib­erté réelle est de chem­iner, d’évoluer. Il s’agit donc de le faire de la meilleure des manières, pour don­ner un vrai sens à nos vies.

Il s’agit de trou­ver le chemin le plus radieux, le ciel le plus immense.

Façon­née depuis mon ado­les­cence par la lit­téra­ture et la philoso­phie, il me sem­blait évi­dent d’écrire quelque chose con­stru­it autour de tout cela.
C’est tout naturelle­ment qu’une cita­tion de Niet­zsche m’est venue pour définir le par­ti pris de mon livre.

« Les orteils se dressent pour écouter », dis­ait le philosophe, la pen­sée est au bout des pieds ; les chemins de nos vies, à portée de semelles.

Source image : Pix­abay.

 Marcher tou­jours, ne pas s’arrêter, pour ini­ti­er le déplace­ment.

Ouvrir la voie au change­ment et vivre sa vie en con­science ; réfléchir pour ne pas subir.
« Être cul-de-plomb, voilà par excel­lence le péché con­tre l’esprit ! » écrivait Niet­zsche.
Ne jamais oubli­er d’être en mou­ve­ment, pour s’assurer d’aller marcher sur de nou­veaux chemins et y crois­er des pier­res blanch­es, y faire des ren­con­tres hors du com­mun, par­fois placées sous le signe de l’ésotérisme vécu.

Dans la vie, tout est ques­tion de rythme, de mesures et de pas.

Source image : Pix­abay.

Ce des­tin, insai­siss­able mou­ve­ment, s’incarne dans nos déplace­ments péde­stres – pas en avant, pas de course, pas de côté, pas en arrière –, pour mieux nous faire chem­iner intel­lectuelle­ment et spir­ituelle­ment.

Quand la vie est sim­ple, quand elle s’écrit toute seule, on ose faire le pre­mier pas, puis on décide de faire un grand pas ; par­fois même, on accélère pour faire des pas de géant.
Mais il arrive que des événe­ments ou des cir­con­stances fassent que l’on revi­enne sur ses pas, que l’on réfléchisse et que l’on mar­que le pas.
Notre impa­tience nous joue des tours, nous oblig­eant à faire les cent pas, à tourn­er en rond, sans savoir où aller, mais atten­tion aux faux pas !
On trébuche et on se prend les pieds.
Les déplace­ments physiques entraî­nent des mou­ve­ments intel­lectuels – des remis­es en ques­tion, des remaniements, des évo­lu­tions spir­ituelles.

Penser, c’est marcher avec son esprit.

J’ai con­stru­it ce réc­it de sorte qu’il soit parsemé de nom­breuses références lit­téraires, posées comme des balis­es dans l’existence, des mar­ques de réflex­ions et d’actions.
Elles sont les pul­sa­tions du livre et ont une vraie fonc­tion nar­ra­tive.

La lit­téra­ture et la philoso­phie m’ont tou­jours accom­pa­g­née dans ma vie, elles sont mes deux grandes pas­sions. Elles devaient ici logique­ment m’escorter.
Le lecteur crois­era tour à tour Rim­baud, Mau­ri­ac, Niet­zsche, Louis de Mail­ly, Sénèque, Hen­ri Michaux, Paul Ricœur et Georges Can­guil­hem.

Mon pro­pos est claire­ment de mon­tr­er que cer­taines œuvres lit­téraires, si elles impres­sion­nent et freinent par­fois la curiosité, peu­vent être très acces­si­bles et enrichir la vie de tout un cha­cun.
J’ai choisi des cita­tions, des extraits qui par­lent à tout le monde.
Il est facile de se les appro­prier et de met­tre dans sa vie de la poésie, de la philoso­phie – de la vérité, de l’humanité.

S’il ne fal­lait retenir qu’une phrase sur tout ce que j’ai dit : Les orteils se dressent pour écouter est un livre sur la lib­erté, sur l’espoir, sur la résilience.

Ne jamais oubli­er de se met­tre en mou­ve­ment pour chem­iner ; ne pas rester bloqué·e·s, quoi qu’il puisse nous arriv­er.
La solu­tion est en nous et nous appar­tient tou­jours.
Le mou­ve­ment c’est la vie !

Pho­to : @MartineRoffinella.
Les orteils se dressent pour écouter, récit de Vanessa Arcos, publié aux Éditions Encre Rouge, 20 euros.
Retrouvez Vanessa Arcos :

Sur Face­book : Vanes­sa Arcos
Sur Twit­ter : @VanessaArcos_
Cour­riel : mmev.arcos@gmail.com

 

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Commentaire(s)

  1. Tout d’abord un grand mer­ci à Mar­tine pour m’avoir adressé Vanes­sa. Tu as rai­son, c’est une très belle per­son­ne. Chem­iner à ses côtés dans cette aven­ture édi­to­ri­ale fut un plaisir. Face à l’adversité, Vanes­sa ne se laisse jamais aller à la plainte, rebon­dit tou­jours. Elle analyse le monde avec un prisme qui lui est pro­pre et génère une grande force. Je recom­mande vive­ment son livre car on a le sen­ti­ment d’être à ses côtés et d’absorber une bonne dose d’énergie. Je rêverais de lire un ouvrage con­sacré unique­ment à son pèleri­nage. J’imagine les car­nets, les cro­quis, les pho­tos, les poèmes, toutes ces petites touch­es bien à elle. Un ouvrage unique ! Un deux­ième pèleri­nage pour l’occasion Vanes­sa ? 😊

  2. Mes orteils ont été ravis de crois­er les vôtres et de pro­gress­er à vos côtés.
    Un bout de chemin plein d’ap­pren­tis­sages !
    Voilà que vous évo­quez de nou­velles routes… Un nou­veau pèleri­nage pour l’oc­ca­sion ? En voilà une idée ! Gardez vos bas­kets à portée de main !

  3. Une bonne dose d’én­ergie dans tous ces pro­pos ! Oui la vie est dans le mou­ve­ment et les élé­ments, vous avez tout com­pris Chère Madame. En partage. Erik Poulet-Reney

    1. Mer­ci pour votre gen­til mes­sage, mou­ve­ment plein d’élan — qui m’encourage à con­tin­uer mon déplace­ment !
      Bien cor­diale­ment.
      Vanes­sa Arcos

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