de martine roffinella

Coup de chapeau à : Sabrina Palumbo

Coup de chapeau à : Sabrina Palumbo

©MartineRoffinella

« J’ai été finaliste aux championnats de France d’athlétisme en catégorie cadette. Je visais le podium l’année d’après et je voulais faire carrière dans le sport », explique Sabrina Palumbo. Mais l’enfer de l’anorexie s’est présenté et elle s’y est engouffrée. Deuxième invitée de la nouvelle rubrique du blog réservée aux femmes de courage, Sabrina nous raconte son parcours pour en sortir.

Celles et ceux qui con­nais­sent un peu ma bib­li­ogra­phie savent que je me suis intéressée de près à l’anorexie, ayant pub­lié en 2018 un petit ouvrage passé inaperçu : Kilo­gramme Zéro (5 Sens édi­tions).

Le con­tact avec Sab­ri­na Palum­bo, ren­con­trée sur Twit­ter, s’est donc créé comme une évi­dence, et elle a eu l’extrême gen­til­lesse de m’offrir les ouvrages qu’elle a pub­liés sur ce sujet – notam­ment L’âme en éveil, le corps en sur­sis (éd. Quin­tes­sence), qui m’a fait forte impres­sion.

L’anorexie ne regroupe pas une sorte de pop­u­la­tion homogène per­me­t­tant d’identifier claire­ment des caus­es à cette mal­adie et d’entrevoir un espoir de traite­ment.

Les « pro­fils » peu­vent offrir des car­ac­téris­tiques très dis­parates, et si, dans nom­bre de cas, un régime ali­men­taire trop strict en a con­sti­tué l’élément déclencheur, ce n’est que l’aspect vis­i­ble de l’iceberg. Car tout se joue dans la par­tie immergée, aux vari­a­tions et formes infinies.
Chaque par­cours est « unique », la mal­adie étant « vécue dif­férem­ment » par chaque per­son­ne qui en est atteinte.

Quand on vise la con­di­tion d’athlète de haut niveau, cer­taines phras­es ne tombent pas dans l’oreille d’une sourde, comme : « Si tu ne donnes pas de graisse à ton corps tu n’en fab­riques pas » ; ou encore cette remar­que de l’entraîneur de Sab­ri­na à son père : « Elle est spon­sorisée par Nutel­la® ? » – « humil­i­a­tion suiv­ie d’une bonne claque sur les fess­es », his­toire de bien fournir de l’engrais à la mal­adie pour qu’elle étende plus vite sa tox­i­c­ité.

Pho­to : ©Roffinel­la­Mar­tine.

L’itinéraire de Sab­ri­na Palum­bo, final­iste aux cham­pi­onnats de France d’athtlétisme et « tombant » dans l’anorexie après avoir voulu « amélior­er ses per­for­mances sportives » en maigris­sant – elle sera sauvée in extrem­is, alors qu’elle ne pèse plus que 27 kilos –, est à mon sens riche d’enseignements : c’est pourquoi j’ai souhaité lui décern­er ici un « Coup de cha­peau » bien mérité.

À celles et ceux qui red­outent d’avoir à subir un énième réc­it où le pathos est de bon aloi, je dis tout de suite que ce n’est ni le style ni le tem­péra­ment de Sab­ri­na Palum­bo, qui est une « bat­tante », une femme de courage peu habituée à se plain­dre et dont le but, en pub­liant son his­toire, est d’apporter des élé­ments d’aide – de trans­met­tre ce qu’elle a appris de l’anorexie et de la boulim­ie, afin que cette expéri­ence puisse servir à d’autres.

Cer­taines vérités sont égale­ment énon­cées, qui sont glaçantes à lire mais dont il faut avoir con­science si l’on veut être mieux à l’écoute de per­son­nes atteintes de mal­adies trop sou­vent encore con­sid­érées comme « hon­teuses », car soi-dis­ant guériss­ables par la seule volon­té, s’agissant de nour­ri­t­ure pas assez ou trop absorbée. Bien sûr il n’en est rien – et je vous recom­mande vrai­ment de lire le témoignage ci-après.
Ne serait-ce que pour engranger quelques grammes d’âme en plus. Extrait, p. 115 :

J’ai longtemps con­servé un corps d’anorexique mal­gré mes crises de boulim­ie. Mais le men­tal anorex­ique était là, avant les man­i­fes­ta­tions physiques. Il est mal­heureux de con­stater qu’on s’intéresse aux anorex­iques seule­ment lorsqu’elles sont dans un état avancé de mai­greur. Toute la souf­france présente en amont, que doit-on en faire, à qui doit-on en par­ler ? Plus encore, que dire des per­son­nes dont les TCA [Trou­bles du Com­porte­ment Ali­men­taire] n’impactent pas l’apparence cor­porelle ? Ces per­son­nes souf­frent tout autant. On oppose sou­vent la fierté anorex­ique à la honte et à la cul­pa­bil­ité de la grosse vache boulim­ique. Mais au fond, le dan­ger n’est-il pas le même ? Ne s’agit-il pas d’une même souf­france, d’une même inca­pac­ité à vivre, d’un même appel au sec­ours ? 


« Ce qui a motivé mon désir d’écrire,
c’est surtout l’envie de donner de l’espoir »

©CélineLéaS.

Il y a des ren­con­tres qui boule­versent. Des ren­con­tres qui font grandir. Des ren­con­tres d’âmes dont on se sou­vient longtemps.
Ma ren­con­tre avec Mar­tine Roffinel­la s’est faite en ligne. Peut-être aurai-je la chance de la ren­con­tr­er un jour dans la vraie vie, mais en atten­dant j’ai décou­vert une par­tie de son itinéraire en lisant plusieurs de ses livres.
Je suis hon­orée d’être invitée ici et de pou­voir partager un bout de mon his­toire avec les lecteurs du blog.

« Écrire est une chose. Témoigner de son vécu de la maladie,
une maladie psy qui plus est, en est une autre… »

J’ai témoigné de mon expéri­ence de l’anorexie-boulimie dans un livre : L’âme en éveil, le corps en sur­sis (éd. Quin­tes­sence, 2014).
En par­al­lèle, j’ai créé une asso­ci­a­tion d’aide pour les per­son­nes con­cernées par les trou­bles du com­porte­ment ali­men­taire (TCA), les patients et leurs familles.

Cette démarche d’entraide et de témoignage à vis­age décou­vert n’est pas sim­ple. Il faut avoir con­science, par exem­ple, des pos­si­bles réper­cus­sions sur sa vie. Pour moi, elles se sont avérées plutôt pos­i­tives mal­gré un par­cours semé d’embûches, dis­ons-le.

L’idée d’écrire m’est venue au cours d’un long séjour for­cé en hôpi­tal psy­chi­a­trique.

Je dis­cu­tais avec celui que j’appelle mon « ange infir­mi­er ». Celui-ci m’a demandé ce que j’aimerais faire une fois sor­tie d’affaire. Je lui ai répon­du que je voulais aider et… pourquoi pas écrire ! J’ai gardé cette idée dans un coin de ma tête.

Après l’épisode mar­quant de l’hospitalisation for­cée, j’ai erré. Je souf­frais tou­jours d’anorexie et j’étais en pro­fonde dépres­sion. Je n’avais pas la tête à l’écriture…

Pho­to : ©Roffinel­la­Mar­tine.

« Jai écrit sans savoir si je serais publiée un jour. »

Je suis une per­son­ne déter­minée. Plutôt « fon­ceuse » à la base. Je n’abandonne pas facile­ment.
Tous ces traits de per­son­nal­ité, je les ai mis au ser­vice de mon rétab­lisse­ment.
Après tout, nous ne sommes ni coupables ni respon­s­ables de la mal­adie ; nous sommes en revanche respon­s­ables de notre proces­sus de rétab­lisse­ment.

J’ai donc cap­i­tal­isé sur mes ressources et, forte d’un tra­vail sur moi-même et sur mes valeurs, j’ai déployé la même énergie pour me rétablir puis me guérir que celle util­isée pour me détru­ire. C’est cette longue recon­struc­tion que je racon­te dans mon livre.

Bien que plutôt lit­téraire, je ne suis pas une écrivaine « pur jus », et puis le manque de con­fi­ance en moi était encore bien présent lorsque j’ai ressen­ti l’appel de la plume.
En d’autres ter­mes, je ne me croy­ais pas capa­ble d’écrire un livre.

Un ami auteur m’a reçue chez lui et don­né des con­seils de bon sens. Il a plan­té en moi une petite « graine de con­fi­ance » qui m’a per­mis de dépass­er ma peur de l’échec. Cet ami fait par­tie des ren­con­tres mar­quantes dont je par­lerai plus tard.

J’ai alors écrit sans savoir si je serais pub­liée un jour. Pour l’anecdote, mon pre­mier livre a fail­li ne jamais paraître, car l’éditeur avec lequel j’avais signé m’a lâchée. J’y ai gag­né au change.

« Pour moi, limportant dans lécriture, cest la conscience quon en retire. »

L’écriture peut être thérapeu­tique, et elle l’a cer­taine­ment été en ce qui me con­cerne, mais ce qui a motivé mon désir d’écrire, c’est surtout l’envie de don­ner de l’espoir.
Je sais d’ailleurs par expéri­ence com­bi­en les per­son­nes touchées par la mal­adie en ont besoin. Tout comme les proches, qui sont sou­vent dému­nis !
J’avais à cœur de dire et de mon­tr­er aux autres « Sab­ri­na » qu’on s’en sort.

©Sabri­na­Palum­bo.

S’il faut alert­er sur la dan­gerosité et sur les rav­ages causés par les trou­bles ali­men­taires, il est égale­ment impor­tant d’expliquer que l’on peut en guérir puis s’épanouir.

Je suis encore par­fois sur­prise de con­stater la puis­sance du témoignage…
Mon livre relate un par­cours dif­fi­cile, ponc­tué d’expériences trau­ma­ti­santes, mais en faisant tout pour éviter l’écueil du pathos.
J’ai voulu axer le réc­it sur ma recon­struc­tion (ma « renais­sance ») et mon Éveil, avec des « clés » de spir­i­tu­al­ité don­nées en fil­igrane.
L’aspect biographique pur est volon­taire­ment par­cel­laire, car il me paraît plus impor­tant d’expliquer com­ment on s’en sort que de livr­er tous les détails de ma vie et de mes trau­mas…

J’ai été final­iste aux cham­pi­onnats de France d’athlétisme en caté­gorie cadette. Je visais le podi­um l’année d’après et je voulais faire car­rière dans le sport.
C’est un régime qui m’a fait plonger dans la spi­rale de l’anorexie, mais cela n’explique pas tout : je rap­pelle qu’il faut une com­bi­nai­son de fac­teurs pour que la mal­adie s’installe. Néan­moins, c’est par un régime que l’enfer a com­mencé, pour moi comme pour beau­coup d’adolescentes, mal­heureuse­ment.

« Ma démarche est sincère et authentique. »

Pra­ti­quant la pair-aid­ance depuis de nom­breuses années, je m’investis de manière bénév­ole et mar­raine les asso­ca­tions Sol­i­dar­ité Anorex­ie Boulim­ie (dont les références sont indiquées ci-après).
J’ai fait du chemin depuis la sor­tie de mon pre­mier ouvrage !

©Sabri­na­Palum­bo.

Aujourd’hui, je suis com­plète­ment guérie et j’accompagne à mon tour des per­son­nes ayant des dif­fi­cultés rela­tion­nelles ou pathologiques à la nour­ri­t­ure.
Ayant con­staté les lim­ites de l’associatif et par­al­lèle­ment pris con­science de ma valeur et de mes com­pé­tences, j’ai décidé de me lancer dans le coach­ing.
Même si je demande par­fois une somme sym­bol­ique aux con­sul­tants, c’est impor­tant de pos­er un cadre.

L’écriture n’est pas une activ­ité rémunéra­trice, mais les retours posi­tifs des lecteurs et le plaisir que j’ai à partager m’apportent bien davan­tage. Et puis il est essen­tiel pour moi d’apporter une mod­este con­tri­bu­tion pour une meilleure appréhen­sion des trou­bles.

Mon deux­ième ouvrage est com­plé­men­taire à mon livre témoignage : je donne des pistes pour guérir et abor­de des notions trans­vers­es aux mal­adies « psys ».

J’ai plusieurs cas­quettes et elles sont toutes impor­tantes pour moi. Lorsque c’est la pro­fes­sion­nelle qui par­le je laisse tou­jours la pos­si­bil­ité à « l’ancienne malade » de témoign­er. Le savoir expéri­en­tiel est telle­ment pré­cieux.

« C’est peut-être ça, la guérison ?
Trouver sa place. Prendre sa place !
»

Où j’en suis ?
Je vais sur mes 39 ans.
Mar­iée récem­ment, je suis maman de deux petites filles adorables.

©Sabri­na­Palum­bo.

Je tra­vaille à temps par­tiel au sein d’un dis­posi­tif ACT (Apparte­ments de Coor­di­na­tion Thérapeu­tique – « Un Chez-Soi d’abord, Paris), où j’interviens auprès de per­son­nes en sit­u­a­tion de pré­car­ité avec trou­bles psy­chiques et addic­tions.
À côté de ça je con­tin­ue de me for­mer pour amélior­er ma pra­tique du coach­ing que j’exerce en libérale et j’ai aus­si d’autres pro­jets d’écriture en cours.

J’ai trou­vé mon équili­bre et surtout je me suis trou­vée.
C’est peut-être ça, la guéri­son ? Trou­ver sa place. Pren­dre sa place !
N’oublions pas que l’anorexie ressem­ble sou­vent à une quête exis­ten­tielle…
Guérir, c’est aus­si se sen­tir utile, et c’est le sen­ti­ment que j’ai à présent. J’aime vari­er mes activ­ités. Je bouil­lonne d’idées et souhaite con­tin­uer de pro­pos­er de nou­velles choses.

Mon deux­ième livre, paru en 2017.

« Il s’agissait de dépasser la souffrance et de la rendre utile à d’autres. »

En ce sens, j’ai trou­vé ma mis­sion de vie et je suis con­tente d’avoir réus­si à faire quelque chose de mon vécu.
L’anorexie a lit­térale­ment « bouf­fé » 15 ans de mon exis­tence et je suis mar­quée au fer rouge par mon expéri­ence désas­treuse à l’hôpital psy­chi­a­trique.
C’était vital pour moi de don­ner un sens à tout cela. Le sens est un élé­ment essen­tiel du chemin de guéri­son.

L’anorexie n’a rien d’un caprice, on imag­ine mal le niveau d’accumulation de souf­france qui con­duit à « arrêter » de manger ou à « se gaver » à out­rance…
Les per­son­nes malades ont besoin de mod­èles d’identification pos­i­tive ; par con­séquent j’essaie d’avoir un mode de vie et le respect de moi-même qu’il faut pour être une source d’inspiration, en étant con­sciente de mes forces comme de mes fragilités.

J’ai appris au fil du temps l’importance d’être bien entouré·e. L’être humain n’est pas fait pour vivre seul. Nous sommes inter­dépen­dants et les ren­con­tres que nous faisons nous per­me­t­tent de grandir. Par­fois dans la douleur, certes… Mais même des « mau­vais­es » ren­con­tres (expéri­ences !) nous pou­vons tir­er des enseigne­ments.

J’ai la chance d’avoir côtoyé beau­coup de belles âmes qui m’ont aidée à trou­ver ma voie. Je suis très recon­nais­sante pour tout ce qu’elles m’ont appris et don­né. J’aimerais toutes les citer et les remerci­er, mais la liste serait trop longue, je crois !
C’est grâce à elles qu’il m’a été pos­si­ble de devenir celle que je suis aujourd’hui : une femme heureuse et décidée à vivre encore plein de belles choses sur fond d’entraide, d’amitiés et de sol­i­dar­ité.

C’est ce que je me souhaite et ce je vous souhaite de tout cœur…

L’âme en éveil, le corps en sursis – Combat d’une anorexique pour sa renaissance, par Sabrina Palumbo, préface du Pr Michel Lejoyeux, aux éditions Quintessence, 17 euros.

editions-quintessence.eu/l‑ame-en-eveil-le-corps-en-sursis

Troubles alimentaires – Mieux comprendre pour mieux guérir, par Sabrina Palumbo, préface d’Alain Perroud, aux éditions La Providence, 15 euros.

editionsfortuna.net/troubles-alimentaires

Adress­es utiles :

Asso­ci­a­tion Sol­i­dar­ité Anorex­ie-Boulim­ie : solidarite-anorexie.fr
Site d’information sur la san­té men­tale : psycom.org

Retrou­vez Sab­ri­na Palum­bo :

Sur Face­book (page auteure)
Sur Twit­ter : @sabpalumbo
Sur LinkedIn
Site : https://corps-et-ame-en-eveil.com/ (en cours de refonte)

 

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Commentaire(s)

  1. Mer­ci pour votre énergie et vos bonnes ondes ! Lire cette inter­view me donne la pêche. Effec­tive­ment, pas de pathos mais de la force, du dynamisme pour abat­tre les murs et décloi­son­ner !
    Salu­taire dans l’absolu et bien­v­enue en temps de con­fine­ment !
    Mer­ci Mar­tine pour cette décou­verte et mer­ci Sab­ri­na pour cette inspi­ra­tion.

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