de ROFFI / martine roffinella

Et si la religion n’était pas spirituelle ? Au gré de découvertes surprenantes, Jean-Marie Gobry s’adresse aux athées comme aux croyants

Et si la religion n’était pas spirituelle ? Au gré de découvertes surprenantes, Jean-Marie Gobry s’adresse aux athées comme aux croyants

©MartineRoffinella

Cause de « fanatisme » pour les uns, « facteur de paix » pour les autres, la religion est de tous les débats. Dans un essai dont le titre pose question : « Et si la religion n’était pas spirituelle ? », Jean-Marie Gobry nous éclaire sans violence et avec limpidité.

Comme si de rien n’était, et avec une sim­plic­ité lumineuse, Jean-Marie Gob­ry nous amène à des inves­ti­ga­tions de poids.

Par­tant de la « seule cer­ti­tude » que « l’homme n’est pas l’agent de la poten­tial­ité d’énergie qui se révèle en per­ma­nence », et que munis de ce con­stat, nous devons tou·te·s « penser » notre « rap­port au monde », il est légitime voire con­seil­lé de s’interroger sur ce qui nous « dépasse » : « Dieu, Source, Con­science, Esprit, Souf­fle, Vie, Soi… »

Pho­to : ©Roffinel­la­Mar­tine.

Quid, dans ce cas, des reli­gions ?

Con­stituent-elles la voie royale, le sésame pour se rap­procher de la « puis­sance infinie » du divin ?

Auto­di­dacte et fort de ses nom­breuses expéri­ences – d’abord entré au Petit Sémi­naire de Troyes pour devenir « Père Blanc », puis mem­bre d’un ordre de maçon­ner­ie tem­plière, en pas­sant par une com­mu­nauté de chré­tiens ortho­dox­es de tra­di­tion russe, etc. –, Jean-Marie Gob­ry mène une quête ini­ti­a­tique qui m’a spé­ciale­ment touchée par son authen­tic­ité.

À une époque où il est dif­fi­cile de pronon­cer le mot « reli­gion » sans se voir oppos­er le statut « laïque » de notre société (« terme dont le sens reste ambigu en rai­son de ses orig­ines chré­ti­ennes ») et ses « valeurs dites “répub­li­caines” », l’essayiste pose bril­lam­ment la vraie ques­tion de la spir­i­tu­al­ité – « où se cache-t-elle ? Est-ce dans la reli­gion ou hors d’elle qu’il me faut la chercher ? »

Pho­to : ©Roffinel­la­Mar­tine.

Au tra­vers d’une ving­taine de chapitres aus­si divers qu’instructifs – et jamais ennuyeux –, Jean-Marie Gob­ry nous con­fie les matéri­aux de notre pro­pre avis à con­stru­ire et de nos réflex­ions à étay­er.

Inutile de pré­cis­er que cet ouvrage a sa place sur toute table de chevet qui se respecte, et c’est avec plaisir que j’ai invité son auteur à venir expli­quer ici son tra­vail.


La parole à Jean-Marie Gobry

Col­lec­tion per­son­nelle de J.-M. Gob­ry.

En met­tant noir sur blanc mes inter­ro­ga­tions et mes pre­mières hypothès­es con­cer­nant la reli­gion, je n’avais pas d’autre objec­tif que celui de clar­i­fi­er ma pen­sée.

Pour moi-même, bien sûr. Mais aus­si pour répon­dre à celles et ceux qui sem­blaient me reprocher d’avoir ébran­lé leur insti­tu­tion par mes remis­es en ques­tion per­ma­nentes.

Depuis une douzaine d’années, je chem­i­nais en effet dans une organ­i­sa­tion ini­ti­a­tique chris­tique, partageant un engage­ment chevaleresque nour­ri de hautes exi­gences morales et intel­lectuelles qui me con­ve­naient par­faite­ment.

Épée tem­plière.

Mais j’avais tou­jours priv­ilégié le fond au détri­ment de la forme et je n’avais jamais caché mon peu d’intérêt pour les struc­tures quelles qu’elles soient. Celles-ci ne finis­saient-elles pas tou­jours par oubli­er leur jus­ti­fi­ca­tion ini­tiale et par employ­er l’essentiel de leur énergie à leur sim­ple survie ?

Sans oubli­er la propen­sion qu’ont cer­tains êtres à se com­plaire dans des fonc­tions d’autorité.

Bref, je con­sid­érais et je con­sid­ère tou­jours qu’une struc­ture n’est qu’un out­il au ser­vice des hommes et qu’elle doit s’adapter en per­ma­nence pour accom­pa­g­n­er les objec­tifs qu’elle offre aux per­son­nes qui la con­stituent.
Objec­tifs immuables lorsqu’il s’agit de spir­i­tu­al­ité.

Trip­tyque de ©Dominique Valle.

Dans le cas présent, je bous­cu­lais d’autant plus cette struc­ture que j’en étais devenu l’un des piliers.

Mais comme mon unique but était de rester sincère envers mon aspi­ra­tion à la spir­i­tu­al­ité, j’avais cru – naïve­ment, je l’avoue – que mes coups de boutoir pou­vaient être com­pris et même partagés.

En l’occurrence, nous réfléchis­sions à la reli­gion et à son rap­port à la laïc­ité.

Pour ma part, sor­ti d’une péri­ode d’athéisme com­bat­tif et après avoir passé quelques années à étudi­er l’hindouisme, j’avais à nou­veau expéri­men­té le chris­tian­isme, dans sa forme catholique et ortho­doxe, et fréquen­té le protes­tantisme.

Pho­to : ©Michel Fouch­er.

De plus, j’étais curieux du judaïsme, de l’islam et du boud­dhisme, décou­vrant leurs céré­monies au sein de leurs lieux de culte.

Au-delà de l’exotisme, tou­jours fasci­nant, je recher­chais ce qui unis­sait toutes ces pra­tiques que je con­sid­érais comme autant de voies de réal­i­sa­tion spir­ituelle.

Après avoir lu un arti­cle signé Mau­rice Sachot[1], j’ai éprou­vé le besoin d’ouvrir mon vieux dic­tio­n­naire de latin pour véri­fi­er l’étymologie du mot « reli­gion ».

Sur­prise ! j’ai décou­vert que ce dernier mot ne venait pas de reli­gare (reli­er), ce que j’avais tou­jours lu et enten­du, mais de religere (avoir scrupule).

Et si la reli­gion définis­sait une chose beau­coup plus vaste que l’idée que nous en avons ?

Et si, plutôt qu’être le lien entre l’homme et Dieu, elle représen­tait ce que l’homme devait respecter scrupuleuse­ment pour appartenir à un groupe social ?

Ma pen­sée s’est alors embal­lée. Puisant dans mon vécu, elle s’est mise à décor­ti­quer les croy­ances et les rites que je con­nais­sais, y trou­vant des évo­ca­tions de la spir­i­tu­al­ité mais pas la spir­i­tu­al­ité elle-même.

Péri­ode trou­blante et désta­bil­isante, mais ô com­bi­en exci­tante !

Il me sem­blait que j’avançais sur un chemin vierge.

Ain­si, ce que nous appe­lions com­muné­ment « spir­i­tu­al­ité » ne dépas­sait pas les domaines psy­chiques, soci­aux et mythologiques.

Héloïse (Danièle Bouché), dans Héloïse Abélard ou les noces d’absence. Pho­to : ©Chris­t­ian Sar­razin.

Aucun de mes échanges, aucune de mes lec­tures ne m’avait pré­paré à cette bru­tale évi­dence. Excep­tion faite, peut-être, des enseigne­ments écrits de Ramesh S. Balsekar, digne héri­ti­er de Ramana Maharshi et de Nis­ar­ga­dat­ta Maharaj.

J’en oubli­ais les raisons pre­mières de ma réflex­ion, qui ressem­blaient en par­tie à des jus­ti­fi­ca­tions, pour ten­ter de définir ce que pou­vait recou­vrir ce con­cept de reli­gion, pas­sant out­re les a pri­ori de toute sorte.

Il me fal­lait met­tre de côté mon affect et accepter sans juge­ment ce qui m’apparaissait comme juste.

N’ayant aucune méth­ode acquise, je nav­iguais à vue, m’égarant sou­vent sur des développe­ments qui m’éloignaient de mon sujet.

Deux années d’errance à ne plus savoir pourquoi cette recherche me col­lait au cerveau.

Tant de choses accom­pa­g­nent notre vie quo­ti­di­enne, sans que nous en sachions les raisons. Tant d’actes sont menés à terme sans que nous nous inter­ro­gions sur ce qui les motive.

Pour recen­tr­er ma pen­sée et mes pro­pos, il me fal­lait arrêter un pro­jet.

C’est ain­si que m’est venue l’idée de ce livre.

Jusque-là, je n’avais pas envis­agé la pub­li­ca­tion, mes seuls écrits livrés au pub­lic étant des pièces de théâtre.

Écrire un essai sur la reli­gion et sur la spir­i­tu­al­ité, c’était entr­er dans un autre monde, dont la porte avait été entrou­verte, il est vrai, par les travaux entre­pris durant mes années de franc-maçon­ner­ie.

Mais à part quelques amis curieux de ces sujets, je n’avais aucune idée des per­son­nes que cela pou­vait intéress­er.

Je savais d’autre part qu’il me man­quait les références uni­ver­si­taires sus­cep­ti­bles de con­va­in­cre un édi­teur de la légitim­ité de ma recherche.

Face aux éru­dits, je n’étais somme toute qu’un ama­teur, certes nour­ri d’expériences mais capa­ble de com­met­tre des erreurs d’observation et d’interprétation.

Fort heureuse­ment pour moi, j’avais dans mon proche entourage deux « spé­cial­istes » qui m’ont per­mis d’affiner cer­tains aspects, sans alour­dir mon pro­pos.

Et mon ouvrage s’est con­stru­it en suiv­ant ma logique intérieure.

Mon man­u­scrit achevé, relu cent fois et cor­rigé, je ne pou­vais que rêver d’en faire un objet livre.

J’ai alors établi une liste de petits édi­teurs qui pub­li­aient des essais et leur ai envoyé mon man­u­scrit, sans trop d’espoir.

Celles et ceux qui ont ten­té la pub­li­ca­tion savent ce que l’attente des répons­es a de pénible et com­bi­en chaque refus est déce­vant.

Une édi­tion, d’un cer­tain renom, m’a répon­du pos­i­tive­ment, puis s’est désen­gagée à la suite d’un désac­cord sur le titre de l’ouvrage.

Je me suis alors inter­rogé sur ma démarche, qui n’était pas celle d’un écrivain aspi­rant à faire car­rière.

L’important pour moi n’était-il pas de réalis­er un beau livre et de per­me­t­tre à mon cer­cle d’amis d’y avoir accès ?

Après avoir élim­iné les édi­tions à compte d’auteur, il me restait l’auto-édition. Com­pos­er moi-même le livre dans ses moin­dres détails et le faire imprimer.

Non seule­ment TheBookEdition.com à Lille répondait pleine­ment à ces critères mais il offrait trois autres avan­tages : me faire fig­ur­er dans un vaste cat­a­logue, n’exiger aucun tirage min­i­mum et se charg­er d’expédier tout livre com­mandé.

J’ose croire aujourd’hui que les per­son­nes qui me liront grâce à Mar­tine Roffinel­la auront plaisir à décou­vrir, comme moi, ce que peut révéler un mot comme « reli­gion », et que mon mod­este livre con­tribuera à stim­uler leur pro­pre recherche, pas­sant out­re les préjugés qui sclérosent la pen­sée.

Pho­to : ©Roffinel­la­Mar­tine.
Et si la religion n’était pas spirituelle ? par Jean-Marie Gobry, essai, TheBookEdition.com à Lille, 12 euros.

Vous pro­cur­er l’ouvrage : https://www.thebookedition.com/fr/36342_jean-marie-gobry

Con­tac­ter l’auteur : jma.gobry-valle(arobase)orange.fr


[1] Pro­fesseur émérite en Sci­ences de l’éducation à l’université de Stras­bourg.

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Commentaire(s)

  1. Et si la reli­gion n’était pas spir­ituelle ?! Le titre a lui seul nous embar­que dans les mean­dres de notre ques­tion­nement… donne envie de tourn­er les pages de cet essai et de faire quelques pas avec vous Mr Gob­ry…

  2. La spir­i­tu­al­ité, par l’essence même du mot, relève bien sûr de l’im­pal­pa­ble, elle offre à cha­cun la Source, à qui sait la recevoir, la percevoir. C’est au coeur de l’in­time et de l’in­ex­plic­a­ble, l’in­nom­ma­ble. Le reste est affaire d’E­tre, et de trou­ver sa place dans l’e­space et dans l’U­nité. Cha­peau bas à Jean-Marie Gob­ry, pour ces ques­tion­nements légitimes et son souci de vul­gar­i­sa­tion pour vivre surtout avec les autres dans ce partage.
    Erik Poulet-Reney

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