de martine roffinella

Elle morte

Elle morte

©MartineRoffinella

Elle entre dans une église pour prier.
Nul ne sait ce qu’elle a en tête. À qui elle pense au moment où elle pénètre dans ce lieu de paix. Ce qu’elle vient y chercher. Peut-être veut-elle juste laiss­er son paquet de soucis à l’extérieur. Avoir un peu de répit.

Il est encore tôt dans la mat­inée. Elle marche dans ce lieu où est accroché le Christ sur sa croix. Se pré­pare-t-elle à for­muler son souhait ? Vient-elle deman­der du récon­fort pour elle-même, ou pour quelqu’un de sa famille, ou pour une amie ?

Elle regarde ce Jésus mort d’amour. Peut-être se dit-elle qu’après avoir été cloué vif sur une croix il pour­ra enten­dre sa pro­pre peine.
Car oui elle porte une peine. Tout le monde a la sienne. Mais elle a un besoin cloué vif de la partager.
Elle est entrée dans cette église parce qu’elle sait qu’ici elle sera com­prise. Dans les deux sens du terme. Incluse à l’amour et saisie.

Un signe de croix. Un regard vers le chœur. Que pense-t-elle ?
Elle cherche où s’asseoir. Sans doute a‑t-elle sa petite préférence. Son endroit à elle pour prier. Près d’une stat­ue de saint. Ou au cen­tre face à l’autel.
L’église est presque déserte.

Elle peut enten­dre ses pro­pres pen­sées réson­ner telles de fauss­es notes. Juste­ment elle vient ici pour les accorder. Trou­ver l’harmonie des sons en elle. Ce brouha­ha elle veut le trans­former en lumière. Et elle sait qu’ici dans cette église c’est pos­si­ble ce mir­a­cle-là. Elle vient pour cette recherche de paix. Ce besoin de rangement.
S’assoit-elle ? S’agenouille-t-elle ? Joint-elle les mains ? A‑t-elle apporté une Bible ou un mis­sel ? Ou rien ?
A‑t-elle le temps de com­mencer à prier ?

Peut-être incline-t-elle la tête. Elle ferme les yeux pour mieux chercher la présence du Christ. Ses lèvres mur­murent – quoi ?
Der­rière elle une ombre. Une lame.
Le son est égorgé.
Cette tête qui pri­ait est presque séparée du corps.
Ici dans ma mai­son j’entends crier.
C’est elle c’est moi.
Elle morte.

Mar­tine Roffinella.
Hom­mage aux victimes
de l’attentat de Nice du 29 octo­bre 2020
en la basilique Notre-Dame de l’Assomption.

 

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Commentaire(s)

  1. Mer­ci de nous avoir livré cet hom­mage touchant et pudique.
    Ces atroc­ités per­pétrées par des indi­vidus qui se pré­ten­dent musul­mans me con­for­tent dans l’idée que la super­sti­tion est aux antipodes de la foi sincère.
    Cer­tains dessins humoris­tiques représen­tant Muham­mad peu­vent certes déranger et nous sommes en droit de ne pas les appréci­er mais celui qui juge cela sac­rilège divinise le prophète de l’is­lam (sac­rilège d’un tout autre ordre).
    De plus, ce dernier n’é­tant jamais représen­té, le car­i­ca­tur­er est objec­tive­ment impos­si­ble, et s’emparer d’une provo­ca­tion somme toute dérisoire pour assas­sin­er ses sem­blables relève non de la foi mais d’un sadisme totale­ment injus­ti­fi­able devant les hommes et devant Dieu.

  2. « C’est elle c’est moi.
    Elle morte ».
    Les derniers mots.
    Les plus beaux, les plus durs.
    Tout est là.
    Il n’y a plus rien à dire.

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