de martine roffinella

Frédérique Deghelt, écrivaine « jusqu’à l’os »

Frédérique Deghelt, écrivaine « jusqu’à l’os »

©MartineRoffinella

« Faire des livres ne s’improvise pas. Les jeux troubles de ce territoire obligent à tracer à même la peau, au revers des neurones, en suivant les veines, jusqu’à l’os », explique Frédérique Deghelt dans l’interview qu’elle nous a accordée à propos de son roman Sankhara.

« C’est la pre­mière fois qu’elle part sur un coup de tête. Comme si elle quit­tait tout. »
Telles sont les pre­mières phras­es de Sankhara, un roman où l’on entre avec curiosité et dont on ressort à la fois réjoui·e et désireu·se·x d’en savoir plus sur ce que l’héroïne a vécu, cette Hélène qui nous con­cerne comme si nous étions de sa famille – voire une par­tie d’elle quand le réc­it passe au « je ».

Car telle est la sub­til­ité mali­cieuse de ce livre, qui offre deux points de vue nar­rat­ifs féminins – deux manières de se gliss­er dans l’histoire, selon qu’Hélène narre ou que le « je » s’empare de la situation.

« Com­ment se fait-il que tu aies telle­ment changé ? » demande Hélène à Sébastien, son mari, « l’homme dont elle était amoureuse » et père des jumeaux de cinq ans – une fille, Mona, un garçon, Léo – qu’ils ont eus ensemble.

Au fil des années, ils se sont instal­lés dans « l’ambiance tox­ique de leur dishar­monie », et après une « ter­ri­ble dis­pute » où il l’a insultée et « marché vers elle la main lev­ée », Hélène part pour dix jours dans un « improb­a­ble bled » pour y « expéri­menter une médi­ta­tion vipas­sana » – « la pre­mière fois qu’elle a enten­du ce nom, elle a com­pris : Vis pas ça, na ! ».

Le site Inter­net explique qu’il s’agit d’une tech­nique « vieille de 2500 ans », sorte de « remède uni­versel à des maux universels ».
Pen­dant le séjour, les règles sont : « ne pas lire, ne pas écrire, ne pas par­ler, ne pas faire de sport ou toute autre activ­ité », afin de se con­sacr­er totale­ment à la méditation.
Quel n’est pas l’étonnement d’Hélène (« Je vais m’évanouir », pense-t-elle, « Qu’est-ce que je fous là ? ») quand il lui est expliqué que trois des dix jours de la péri­ode prévue seront con­sacrés à « être atten­tifs à toute sen­sa­tion qui pour­rait se man­i­fester autour des nar­ines et tout autour du nez », et ce dix heures au quotidien.
« Est-ce qu’on peut résoudre des prob­lèmes de cou­ple en s’écoutant respirer ? »
Et une petite voix intérieure lui répond : « Mais qu’est-ce que tu croy­ais ? Qu’il serait facile d’être dans le rien ? »

Pho­to : ©Roffinel­la­Mar­tine.

Le réc­it est si bien mené, journée après journée, présen­tant en alter­nance Hélène, le « Je » qui s’exprime à sa suite, et le vécu de Sébastien en l’absence inat­ten­due de sa femme, que la/le lect·rice·eur est à son tour confronté·e à des ques­tion­nements iden­tiques et suit donc avec grand intérêt la façon dont l’espoir de réso­lu­tion – ou pas – progresse.

Com­ment le cou­ple en est-il arrivé là ?

Sébastien en veut ter­ri­ble­ment à Hélène de « l’avoir aban­don­né avec les enfants », le jour de la ren­trée sco­laire en plus – « comme si elle s’extrayait du cou­ple qu’elle avait mis en vrac ».
Il ignore où elle se trou­ve, il l’imagine même avec un amant, « gam­berge telle­ment qu’[il] en devien[t] fou », alors que quelqu’un poste chaque jour de Paris une let­tre de leur mère aux enfants.
Est-elle une « mante religieuse » dont au bout du compte il ne sait pas grand-chose ?

Car pour couron­ner le tout, il décou­vre des réc­its où Hélène décrit pré­cisé­ment des rela­tions sex­uelles avec tous les amis mas­culins du cou­ple. « Était-ce bien son Hélène, cette femme qui vivait des aven­tures avec tous leurs copains ? » – cette créa­ture à la « sex­u­al­ité débridée » qui n’est en rien « le reflet de sa sen­suelle épouse » ?

Mécon­naît-il à ce point sa pro­pre femme ?

Se pose aus­si bien sûr, pré­cisé­ment, la ques­tion de l’identité légitime de ladite épouse : elle ne fait « rien de rémunéra­teur », alors que lui, Sébastien, assume les ren­trées d’argent grâce à son poste de jour­nal­iste à l’AFP.
A‑t-elle le droit, puisqu’elle est femme au foy­er, de tout quit­ter ain­si, mari comme enfants ?

Le roman de Frédérique Deghelt met donc à plat les pen­sées des unes et de l’autre : Hélène et son « Je » qui pro­gressent ensem­ble au gré des jours de médi­ta­tion, et Sébastien qui est con­fron­té à la vio­lence d’un monde en train de bas­culer : nous sommes à la veille puis pen­dant les atten­tats du 11-Sep­tem­bre 2001.
Lui les vit en direct ; elle(s) ne se doute(nt) de rien, coupée(s) de toute agi­ta­tion, de tout télé­phone et de toute source d’information pen­dant dix jours.

Cela pour­rait con­stituer un décalage assez mon­strueux entre les pro­tag­o­nistes – mais pour­tant, un pont se crée peu à peu entre leurs pen­sées, et l’on ne se décon­necte pas du silence habité d’Hélène quand il faut retrou­ver les affres bruyantes de Sébastien.
Elle « réflé­chit par bribes, détache ses chem­ine­ments intérieurs. Quelque chose se frag­mente » – « C’est fou d’être emplie de tant de paroles depuis qu’elle fait silence ! Quel bou­can de s’entendre penser ! »
Il se demande, le 11 sep­tem­bre 2001, juste après les atten­tats, « si lui-même ou d’autres qui avaient détenu tant d’informations secrètes les avaient pub­liées com­ment les choses auraient-elles tourné ? » et : « Quelle part de respon­s­abil­ité son silence avait-il abritée ? »

Pho­to de la page 222.

Au sujet de ces « infor­ma­tions secrètes », le livre de Frédérique Deghelt m’en a appris de con­ster­nantes – car à par­tir des atten­tats, « allait com­mencer l’ère du jour­nal­isme empêché, le temps où la cou­ver­ture médi­a­tique serait patri­o­tique avant d’être déon­tologique » –, comme par exem­ple que « tous les mem­bres de la famille de Ben Laden présents sur le ter­ri­toire améri­cain avaient pu ren­tr­er en Ara­bie saou­dite dans les trois jours suiv­ant l’attentat, et ce mal­gré le main­tien au sol des avions ».

Pourquoi ?

Je ne veux pas tout vous dévoil­er ici mais sachez que ce que j’ai perçu de cette sit­u­a­tion inouïe m’a lais­sée sans voix.
Sankhara est – vous l’aurez com­pris – un roman qui con­tient en lui-même de mul­ti­ples pos­si­bil­ités de lec­tures, sans oubli­er de très beaux moments d’écriture ponc­tués de spir­i­tu­al­ité poétique.

EXTRAIT (p 125, 126) :

« Hélène n’a plus envie de fuir. Elle adore vivre avec toutes ces femmes dans ce qu’elles ont de plus sen­suel et de plus aban­don­né. Ici pas de représen­ta­tion, pas de pré­parat­ifs, pas de maquil­lage. Hélène les trou­ve belles, émou­vantes, courageuses, tenaces, frag­iles, dignes, secrètes. Elles déga­gent une douceur sous laque­lle perce leur énergie. Elles émer­gent de cette enveloppe qu’elles lais­sent s’évanouir au fil des jours de médi­ta­tion. Elles sont comme une sorte d’espoir puis­sant d’un devenir épanoui. »


La parole à Frédérique Deghelt

Frédérique Deghelt. ©Astrid di Crollalanza.

Il n’y a rien de plus per­tur­bant que ces livres qui s’invitent quand on a décidé de s’éloigner des his­toires à raconter.
Et j’ai comme l’impression que ça devient récur­rent dans ma vie d’écrivain. Luis, le héros de mon précé­dent roman, Lib­er­tan­go (Actes Sud, 2016), est arrivé alors même que j’avais décidé d’avoir de vraies vacances, arrê­tant de pass­er mes mois d’été à finir un livre, con­tin­uer un livre ou com­mencer un livre.
Sans aucun égard, ce per­son­nage a tra­ver­sé les portes ver­rouil­lées du sous-marin en par­tance pour le repos en s’annonçant ain­si : « Je suis Luis, d’origine espag­nole, j’ai 80 ans, je suis hand­i­capé et grand chef d’orchestre. Le livre s’appellera Lib­er­tan­go à cause de ma ren­con­tre avec Astor Piazzolla… »

Un moment où je n’avais ni cray­on ni cahi­er, et encore moins d’ordinateur…

Alors ne nous éton­nons pas si le per­son­nage d’Hélène a décidé de prof­iter d’une expéri­ence per­son­nelle que je fai­sais pour décou­vrir une tech­nique de médi­ta­tion, se pointant au milieu de l’autoroute de pen­sées qui me tra­ver­saient, à un moment où naturelle­ment je n’avais ni le droit d’écrire, ni celui d’enregistrer ; un moment où je n’avais ni cray­on ni cahi­er, et encore moins d’ordinateur.

Le champ d’Hélène avec en fond la forêt. ©FrédériqueDeghelt.

J’étais par­tie vivre un truc et voilà qu’un per­son­nage décidait de faire le stage à ma place ou du moins, de me racon­ter le sien tan­dis que je vivais le mien.
Fort heureuse­ment, son mari a eu la décence d’attendre mon retour sur la terre ferme du quo­ti­di­en pour faire son apparition !

Any­way, comme diraient nos voisins anglais, quand un per­son­nage arrive en force, il faut l’écouter. Ce que j’ai fait avec Hélène, d’une oreille dis­traite je l’avoue, avant de me con­sacr­er vrai­ment à elle à mon retour.
Dès que j’ai aban­don­né le silence, j’ai pris des notes sur ce qu’elle m’avait souf­flé, puis j’ai avancé comme pour les autres livres, en ten­ant le fil d’une pelote dont je ne con­nais­sais ni la longueur ni la couleur un peu plus loin que celle du bout que j’avais en main.

Bureau d’écriture du livre. ©FrédériqueDeghelt.

 À quoi ça sert d’écrire ?

À peine a‑t-on le temps de se pos­er la ques­tion qu’on a déjà l’arme à la main qui exsude de l’encre, jette au fond de l’océan des cha­grins uni­versels ; et le bout de cette plume si élégam­ment apparue four­rage soudain dans les cloaques du diable.

Et nous voici défrichant les champs lex­i­caux du bon­heur et de la détresse, pour ten­ter de vivre un peu mieux en débusquant l’ignorance, en s’arc-boutant sur la lucid­ité, en s’émancipant de l’hypocrisie aveu­gle, en cul­ti­vant l’art d’être fou pour mourir sage.
Ceux qui croient s’en sor­tir en nom­mant l’écriture passe-temps, en s’amusant avec des per­son­nages, en lorgnant d’un œil gour­mand l’apparence artis­tique de « l’être écrivain » sont en plein égare­ment, en totale gourance.
Ceux qui pensent qu’ils sont arrivés là par hasard, que ça n’aura pas de con­séquence sur leur vie, sont comme ces touristes qui, se croy­ant à Dis­ney­land quand ils vis­i­tent l’Afrique, enfourchent un buf­fle pour se faire pren­dre en photo.

Entr­er en écri­t­ure revient à attrap­er la queue d’un léopard et à s’y accrocher fer­me­ment en essayant de rester en vie.

Et ça ressem­ble furieuse­ment à ce que l’on essaye de faire en méditant.

Vous ne me croyez pas ? Vous pensez qu’on est en ter­ri­toire distrayant ? Parce que lire nous rav­it et nous entraîne sur des chemins magiques.
Oui, c’est vrai pour l’apparence de la prom­e­nade qu’on fait dans un livre. Car si lec­ture et écri­t­ure sont les deux faces d’une même pièce, si cette course entre les lignes est l’onde bien­veil­lante d’une nage dans un lagon, c’est qu’on baigne dans la flu­id­ité d’un labeur immense pour rejoin­dre l’intime de chaque lecteur.

Bureau d’écriture du livre. ©FrédériqueDeghelt.

Mais sur l’autre ver­sant, pour attein­dre ce Graal, on ne peut rien refuser, on pénètre dans les zones som­bres de l’humain pour en extraire quelques pépites et on a peu d’air pour respir­er, voire on étouffe en toute acceptation.

Qu’est-ce que ça fait d’écrire ?

C’est com­ment à l’intérieur ?

Cette ques­tion véri­ta­ble que seuls les lycéens osent, comme si l’inconscient des adultes lecteurs les pro­tégeait d’un aus­si grand péril, exige réponse sans langue de bois.
C’est comme l’amour, par­fois c’est mieux que l’amour, ça dépend avec qui !
En répon­dant de façon sibylline, on éclipse, on esquive avec panache la réal­ité de ce que le grand amour exige de soi, d’abandon, d’exil et d’insolence.

Être libre se paye, faire des livres ne s’improvise pas.

Les jeux trou­bles de ce ter­ri­toire oblig­ent à trac­er à même la peau, au revers des neu­rones, en suiv­ant les veines, jusqu’à l’os…
Et pour tout avouer, à tra­quer la vérité qui n’existe qu’au tra­vers de la lec­ture des autres, on se perd, on touche exsangue au dégoût de vivre, on se jette dans le géant abîme d’un amour cosmique.
C’est puis­sant et dévorateur.
Mais si, comme le dit Paul Valéry, « la syn­taxe est une fac­ulté de l’âme », alors puisons dans cet instinct de funam­bule et n’y pen­sons plus.

Auteure au tra­vail. ©FrédériqueDeghelt.

Tout ça, je le savais déjà plus ou moins, mais avec ce livre-là, voilà que je me retrou­vais au plus près de mon stage de médi­ta­tion, au plus près des autres avec le sen­ti­ment de puis­er en deux per­son­nages l’immensité du monde et de son chaos. Deux per­son­nages, dont aucun ne me sem­blait plus proche de moi, ou plus éloigné. Comme les deux faces d’une même pièce, vous disais-je.

Puis très vite m’est apparu un gouf­fre sans fond.

Ce livre-là n’allait pas être écrit pour débiter des lignes à lire par des lecteurs, mais pour les enchaîn­er au texte muet qui serait entre les lignes, entre les mots, entre les pages.

Com­ment fait-on pour écrire « entre » ?

Et que dit un texte quand ce qu’il dit vrai­ment, c’est d’aller voir ailleurs ?
Quel sil­lage doit laiss­er un tel livre pour qu’on y revi­enne ou qu’on le quitte sans jamais iden­ti­fi­er qu’il nous a mar­qués en s’infiltrant dans une vérité dont l’auteur ne sait absol­u­ment rien mais dont cha­cun de nous est por­teur et responsable ?

Le ver­tige de cette révéla­tion a tout d’abord entamé mon ent­hou­si­asme puis lui a redonné de la vigueur.
Alors j’ai pris mon élan, mesuré d’un œil con­nais­seur la béance du trou qui s’ouvrait devant moi et je me suis élancée, cer­taine d’atteindre l’autre côté, con­di­tion sine qua non pour réussir.
« Ils ne savaient pas que c’était impos­si­ble alors ils l’ont fait », dis­ait si juste­ment Mark Twain.

Mais cette fois, une part de moi devait obscuré­ment savoir que ce n’était pas pos­si­ble ou alors pas d’une seule enjambée…
Et je suis tombée dans le gouffre !
Et le moment que j’y ai passé dans le noir à me deman­der com­ment j’allais sor­tir de là m’a paru infini.

Passées la stu­peur, la douleur de la chute, il a fal­lu gravir, tou­jours dans le noir, accrochée de façon incer­taine à une sorte d’échelle de corde en lais­sant tomber ce qui n’était pas utile, encom­br­erait mon ascen­sion et com­pro­met­trait ma sor­tie de cette crevasse.

Sur la route, qu’allons-nous rejoin­dre ? ©FrédériqueDeghelt.

Quelques semaines plus tard, avec un per­son­nage à la pre­mière per­son­ne devenu un per­son­nage à la troisième per­son­ne, 200.000 signes en moins, et un essor­age sys­té­ma­tique de toute ligne en dehors du squelette, le tapuscrit a com­mencé à ressem­bler à cet entrelacs entre­vu dans les meilleurs moments, un tis­sage d’or et de lumière qu’enchevêtrait encore le doute de la plongée récente.

Nav­iguant sans con­vic­tion entre des ques­tions fon­da­men­tales mais vouées à rester sans solu­tion – le jour­nal­isme est-il sol­u­ble dans la médi­ta­tion ? L’être et l’avoir sont-ils réc­on­cil­i­ables ? Cesse-t-on d’échouer quand on renonce à réus­sir ? –, j’ai con­tin­ué à peaufin­er le texte de Sankhara qui, comme son nom l’indique, tient à la fois du nom pali sig­nifi­ant con­di­tion­nements, et résonne à nos oreilles comme la mesure de pureté des métaux pré­cieux. Or et dia­mant se coulant dans ces couch­es accu­mulées, fac­teurs men­taux et par­fois menteurs qui déter­mi­nent nos réac­tions sou­vent abruptes et sans conscience.

D’abord on sait que quelque chose est là, puis on sait de quoi il s’agit, on le recon­naît et on sait quoi en faire…

En une frac­tion de sec­onde, avant de réalis­er qu’il y a des sankhara en action, on est déjà en train de désir­er une chose, de s’y attach­er, de la plan­i­fi­er, de se l’approprier ou de la rejeter sans avoir iden­ti­fié la moin­dre con­science sen­sorielle, perception…

Je me suis donc retrou­vée en train de mod­i­fi­er ce texte avec toute la pleine con­science néces­saire pour le men­er aux mots qui encadr­eraient le silence de son infu­sion dans le lecteur.

Bureau d’écriture du livre. ©FrédériqueDeghelt.

Une seule chose avait changé, je n’avais plus peur, le gouf­fre avait été recou­vert d’un nuage que je tra­ver­sais en courant, légère, mul­ti­pli­ant les allers-retours pour me prou­ver que la chose était possible.

« Il faut s’aimer en écrivant, se haïr en se relisant et se tenir à l’œil en réécrivant. »

Quelque chose d’imperceptible s’était glis­sé entre l’écriture et la main, entre le livre et moi, entre ses promess­es et son accomplissement.

C’était facile à dire ain­si, mais ça ressem­blait à la phrase de Claude Roy qu’Hubert Nyssen* m’avait trans­mise en héritage : « Il faut s’aimer en écrivant, se haïr en se relisant et se tenir à l’œil en réécrivant. »
Et j’y avais rajouté : après s’être tant haï et tant tenu à l’œil, com­ment fait-on pour s’aimer à nouveau ?

Les com­pagnons muets d’Hélène. ©FrédériqueDeghelt.

 Ce livre-là est venu pour la pre­mière fois répon­dre à cette ques­tion : on se laisse aimer.
Car les mots des lecteurs, leurs cœurs et leurs émo­tions vien­nent caress­er les doigts engour­dis par la peur de recommencer.
Quelque chose est là dans leur lec­ture et dans ce qu’ils en dis­ent qui sec­oue non pas l’égo ou toute autre forme d’orgueil, ni aucune con­science d’avoir réus­si quelque chose, mais plutôt le don qu’on n’est pas sûr d’avoir accom­pli, le cadeau qu’on a reçu et qu’on n’est jamais cer­tain de trans­met­tre dans son intégralité.

Les ciels où lire l’impermanence. ©FrédériqueDeghelt.

Oui quelque chose est là, sub­til et par­fumé, comme un souf­fle divin…
Avoir, pour le temps d’un livre, cessé d’être soi pour être cha­cun et jouir d’être dans cette pro­fonde humanité.

 

*Hubert Nyssen, fon­da­teur de la mai­son Actes Sud et mon pre­mier édi­teur dans cette mai­son durant six ans, en tant que directeur de la col­lec­tion « Un endroit où aller », dans laque­lle furent pub­liés mes pre­miers romans La vie d’une autre (2007), La grand-mère de Jade (2009), La nonne et le brig­and (2011).

Pho­to : ©Mar­tineRoffinel­la.

 

Sankhara, roman de Frédérique Deghelt, publié aux éditions Actes Sud, 21,80 euros.

 

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Sur son site : https://www.frederiquedeghelt.com/
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