de martine roffinella

Jared Diamond guide de survie

Jared Diamond guide de survie

©MR

Alors que l’exploration de la planète Mars fait rêver l’humanité pour des raisons scientifiques comme exotiques, Jared Diamond nous offre un panorama sidérant de nos sociétés disparues et/ou sur le point de s’éteindre. Lire Effondrement, c’est prendre nos responsabilités ici-bas.

Le sous-titre d’Effon­drement : « Com­ment les sociétés déci­dent de leur dis­pari­tion ou de leur survie », est à lui seul éclairant sur ce qui nous attend avec les plus de 800 pages de ce bril­lant essai où tout nous concerne.

Pre­mière­ment, réfléchir à ce con­stat que « toute coloni­sa­tion humaine a tou­jours été suiv­ie d’une vague d’extinction des grands ani­maux qui n’avaient pas dévelop­pé la peur de l’humain et qu’il était facile de tuer, ou qui n’ont pas survécu à des mod­i­fi­ca­tions dans l’habitat, à l’introduction d’espèces nuis­i­bles et aux mal­adies liées à l’arrivée de l’homme ».

Ensuite, com­pren­dre que les sociétés vic­times d’effondrement ont elles-mêmes causé leur perte en détru­isant les ressources dont dépendait leur survie.
Dia­mond cite le terme de « sui­cide écologique » – « éco­cide ».
Les prin­ci­paux proces­sus de destruc­tion de l’environnement ayant débouché sur la perte de ces peu­ples sont les suiv­ants : « La déforesta­tion et la restruc­tura­tion de l’habitat ; les prob­lèmes liés au sol (éro­sion, salin­i­sa­tion, perte de fer­til­ité) ; la ges­tion de l’eau ; la chas­se exces­sive ; la pêche exces­sive ; les con­séquences de l’introduction d’espèces allogènes par­mi les espèces autochtones ; la crois­sance démo­graphique et l’augmentation de l’impact humain par habi­tant. »
À not­er que les con­séquences de l’écocide sont les mêmes pour toutes les sociétés qui se sont effon­drées : « Pénuries ali­men­taires, famines, guer­res écla­tant entre des indi­vidus trop nom­breux se bat­tant pour des ressources insuff­isantes » et – lisez bien (qui ne pensera pas à la crise des Gilets Jaunes ?) : « ren­verse­ment des élites dirigeantes par des mass­es désil­lu­sion­nées ».

Mais ce que Jared Dia­mond met au jour, c’est qu’il n’existe aucun cas d’effondrement imputable aux seuls prob­lèmes écologiques.
Il dénom­bre au total cinq fac­teurs entrant en ligne de compte : 1) les dom­mages envi­ron­nemen­taux ; 2) le change­ment cli­ma­tique ; 3) les voisins hos­tiles ; 4) les parte­naires com­mer­ci­aux ami­caux (la dépen­dance qu’ils induisent) ; 5) les répons­es apportées aux prob­lèmes environnementaux.
Pour étay­er son raison­nement – et l’immense tra­vail qu’il pro­pose est une aven­ture aus­si néces­saire qu’inouïe –, Dia­mond traite autant de sociétés dis­parues (île de Pâques, Indi­ens mim­bres et anasazis, Incas, Vikings du Groen­land, etc.) que de celles actuelle­ment en sit­u­a­tion dif­fi­cile (Rwan­da, Haïti, Chine, Aus­tralie, Mon­tana, etc.). Il n’oublie bien sûr pas les sociétés humaines qui sont par­v­enues à empêch­er leur effon­drement (Japon, Nou­velle-Guinée, etc.).

©Mar­tineRoffinel­la.

Chaque chapitre est pal­pi­tant – l’on apprend par exem­ple que l’île de Pâques (et ses stat­ues géantes) était, avant l’effondrement, une « forêt sub­trop­i­cale con­sti­tuée de grands arbres et de tail­lis ». Pour pou­voir « organ­is­er la taille, le trans­port et l’érection des stat­ues, la société de l’époque devait être com­plexe et forte de nom­breux indi­vidus vivant dans un envi­ron­nement suff­isam­ment riche pour garan­tir sa survie ».
Qu’est-il donc arrivé à ces mil­liers de personnes ?

Dia­mond retrace dans ses moin­dres détails ce qui a bien pu se pro­duire sur cette île qui fut la seule du Paci­fique à voir dis­paraître tous ses oiseaux ter­restres. Déforesta­tion extrême – l’entièreté des arbres a dis­paru –, sur­ex­ploita­tion des ressources con­duisant à leur raré­fac­tion (famine, can­ni­bal­isme)… l’île de Pâques est l’un des exem­ples les plus fla­grants d’une société « qui a con­tribué à sa pro­pre destruc­tion ».
Et pour des raisons qu’il faut absol­u­ment lire, cet effon­drement-là est comme « une vision de ce qui nous guette peut-être ».

La démon­stra­tion de Dia­mond est sans appel, et n’allons pas croire que notre « cul­ture » nous sauvera !
L’effondrement des Mayas, cul­turelle­ment très avancés, est aus­si, par­mi les cinq caus­es préc­itées, le « fruit des dégâts causés à l’environnement ». Et loin d’être ce sup­posé « peu­ple doux et paci­fique », sou­vent idéal­isé par nos con­tem­po­rains, l’on con­state qu’en son sein, la « guerre était féroce, chronique, sans mer­ci » !

Pour ma part, j’ai beau­coup appris de l’histoire de la société viking au Groen­land, « com­mu­nau­taire, vio­lente, hiérar­chique, con­ser­va­trice » et finis­sant par mourir de faim.
Sur place les Inu­its, « à l’apogée de cen­taines d’années d’évolution cul­turelle », offraient aux Vikings « un exem­ple de survie ».
Mais ces derniers, se jugeant supérieurs à ces « sauvages » et « païens », refusèrent de le suivre.
Ils dis­parurent – les Inu­its survécurent.
Et nous ?

Jared Diamond : Effondrement, traduit de l’anglais (États-Unis) par Agnès Botz et Jean-Luc Fidel, éd. Gallimard – « Folio essais ».

 

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