de martine roffinella

Richard Taillefer, « poète de la présence au monde »

Richard Taillefer, « poète de la présence au monde »

©MartineRoffinella

S’il se qualifie de « poète débraillé », comme nous le confie Patricia Laranco qui lui a consacré un grand portrait littéraire, Richard Taillefer est d’abord « un amoureux inquiet de la vie », attentif aux « choses simples ». En témoigne son dernier recueil : Où vont les rêves quand la nuit tombe ?

 

Lire Richard Taillefer, c’est d’abord interrompre le flot incessant de nos pensées pour laisser place à un flux.
De quel ordre ?
Celui de l’appréhension – la préhension d’une origine ; de ce qui fut le puits initial de l’émotion. La terre-mère de l’instant.
Il faut re-créer le temps-où-on-a-le-temps, l’espace nettoyé de nos besoins si pressants, de nos impératifs de tous ordres.

Portrait de Richard Taillefer par ©JacquesCauda.

La poésie de Richard Taillefer n’est cependant pas un îlot où se refugier des assauts du modernisme. Au contraire elle est une respiration vivante au cœur de ce monde-ci, elle ne brise pas notre course aux désirs mais, dans un entretemps salvateur, nous offre de quoi vivifier notre aspiration au vrai, c’est-à-dire à ce qui résonne comme tel, assonances et dissonances sur la même portée de mots.

Les mots du poète, loin de figer une situation dans le souvenir ou le vain regret de ce qui fut, nous restituent des moments cruciaux en les façonnant intemporels. Peu importe l’époque, celle-ci nous concerne toutes et tous. Nous sommes les invité·e·s du monde dans ses micro-particularités, dans ses microscopiques espaces où pourtant nous puisons un souffle universel.

Illustrations de Patrick Lipski.

Extrait, p. 26.

Ma vieille maison de campagne. Avec ses fuites à tire-larigot. Ici, la vie s’écoule à grands seaux. Un peu plus loin, entre les chênes verts, oublié depuis longtemps, le vieux puits de l’oncle Alexandre.

 

Au bout de la còrda du pendu,
la bouteille d’eau bien fraîche.


Ce goût de l’anis à nos lèvres
Dans l’insouciance du premier baiser.

Richard Taillefer est né à Montmeyan (Haut-Var), dans cette « Provença » qu’il célèbre mais en forant des détails qui ouvrent l’imaginaire à d’autres couleurs, d’autres sons ; une invention bien à lui de mots agissant dans la simplicité qui pourtant interroge – pas si simple, en somme !

Extrait, p. 30.

Quand de gros nuages nous arrivent de la Verdière, gronde l’orage sur Montmeyan, disent les anciens.

 

Deux lapins de garenne courent à ras de terre.
Qui reconnaîtra le mâle de la femelle ?

 

Au loin, s’estompent les hameaux et les hommes.

 

C’est la fin de l’été.
Premières chutes des feuilles du cerisier.

 

Mon cœur à la dérive refuse de tomber.


Ciel menaçant
On croit entendre
Une armée de farfadets en colère.

Pépé Dauphin, un « ancien », par ©MarieTaillefer.

Vous l’avez compris, je vous invite très chaleureusement (et avec quelque insistance) à lire le poète Richard Taillefer, capteur et transmetteur d’essentiels « entre mélancolie et espérance » où sa vie de cheminot et de syndicaliste, ajoutée à ses fonctions dans la cité, laisse des empreintes plus parlantes que jamais.

Photo : Richard Taillefer par ©JeanBaptiste.

Éléments de biographie

Richard Taillefer est né en 1951 à Montmeyan, village provençal du Haut-Var. Son grand-père Roger fut grand-résistant pendant la 2ème Guerre Mondiale : « Juste parmi les justes ».
Il prend le « virus » de l’écriture dès l’âge de 12 ans (publiera son premier livre en 1977 : Combats pour un amour).
Devient cheminot à la SNCF en 1973 (« conducteur de trains durant 30 ans »).
Syndicaliste et socialiste « par tradition familiale », il occupe pendant une quinzaine d’années les fonctions de délégué du personnel au sein de son entreprise.
Rencontre Maurice Bourg, directeur de la revue poétique La Sape, qui lui consacre un de ses traditionnels « feu de bois ».
Découvre les œuvres de Guillevic, Jean L’Anselme, Vénus Khoury-Ghata, Michel Deguy, Guy Allix, Jean-Luc Maxence, Jean-Claude Renard, Jean Orizet et Jean Breton.
Fréquente les soirées poétiques et lit les revues Poésie 1 et Vagabondages.
La fin des années 1970 est déterminante pour son écriture : véritable « Big Bang poétique » pour l’évolution de son style.
Est influencé par la Beat Génération américaine qui révolutionne la poésie occidentale en y introduisant le « je », le « quotidien » et « l’engagement ».
Est cofondateur de la revue Poésimage (1981-2001).
Obtient le Prix Froissart en 1981 et 1984 pour ses recueils : Litanie pour quatre saisons et Au rond-point des falaises.
En 1986, il met sur pied une section du Parti Socialiste à la Gare de Lyon.
Entre 2001 et 2014, il est maire adjoint délégué à la culture de Savigny-le-Temple (77).
Depuis 2013, il est l’instigateur du festival « Montmeyan en PoéVie ».

Festival « Montmeyan en PoéVie » 2014. Photo : ©NicoleSabatier.

Éléments de bibliographie
(Principaux recueils publiés)

1977 : Combats pour un amour, Éditions La Pensée universelle
1979 : Ombre et lumière, Cahiers Froissart
1981 : Litanies pour quatre saisons, Cahiers Froissart
1984 : Au rond-point des falaises, Cahiers Froissart (prix Froissart)
1991 : Corps de papiers, Éditions La Table Rase
2010 : Jusqu’à ce que tout s’efface, Éditions Dédicaces
2011 : Des clins de mémoire, Éditions Dédicaces
2013 : L’éclisse du temps, Éditions Dédicaces
2015 : PoéVie Blues, Éditions Prem’Édit
2017 : Ce petit trou d’air au fond de la poche, Éditions Prem’Édit
2018 : On ne s’égare pas dans le sommeil des autres, Z4 Éditions, coll. « Les 4 saisons »
2020 : Où vont les rêves quand la nuit tombe, Éditions Gros Textes, coll. « la petite porte »

Richard Taillefer et son épouse Marie (coll. personnelle).

Richard Taillefer a également apporté sa contribution textuelle à des livres d’art et participé à nombre d’anthologies. Il a aussi beaucoup publié en revues (et pas des moindres !).
Pour en savoir plus, n’hésitez pas à le contacter par les moyens qui vous sont indiqués ci-dessous.


Où vont les rêves quand la nuit tombe ? Éditions Gros Textes, coll. « la petite porte », illustrations de Patrick Lipski, 7 euros.

Où se procurer l’ouvrage ?

En contactant les Éditions Gros Textes
ou https://grostextes.fr/publications/editions-gros-textes/

En écrivant à l’auteur (coordonnées ci-après).

Pour contacter Richard Taillefer
Facebook
Courriel : richardrf(arobase)hotmail.fr

 

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Commentaire(s)

  1. L’homme au faux air de Pierre Vassiliu, croisé d’un Maigret baptisé Brassens, avec un monde de poésie qui tourne autour de sa pipe… C’est bien lui ! J’ai souvent lu son nom et ses nombreux textes dans les revues de poésie qui m’ont accompagné au fil des âges. Poésimage a accueilli certains de mes textes, et nous avons en commun d’avoir obtenu le fameux Prix Froissart ! (moi en 1996) Il est bon de retrouver cette cour de récréation où les poètes ont droit aux rêves, à l’oisiveté, à l’observation des choses qui font ce monde.
    Merci à Martine de vous avoir consacré ce joli portrait, et de nous faire partager, au delà des mots, ce visage incontournable plein de malice !

    1. Que de souvenirs nous partageons cher Erik. Les cahiers Froissart, ces journées chaleureuses à Valenciennes lors de la remise des prix. Jean Dauby et son épouse le cœur sur la main et toujours à l’écoute. Combien de jeunes poètes y publièrent leurs premiers textes.
      Bien vers toi en Poévie
      Richard Taillefer

  2. La poésie est pour moi aussi une matière entre « mélancolie et espérance ».
    La mélancolie comme passerelle entre la réalité du monde et la réalité de l’œuvre poétique. La poésie pour ouvrir une brèche et supporter un fond sans importance.
    Une intuition à conjuguer pour donner à voir et à lire des trésors d’harmonie.

    1. Chère Vanessa, combien je partage votre approche de la poésie. Ouvrir des brèches là où les murs et les vents contraires nous font fasses.
      Bien vers vous en PoéVie

      Richard Taillefer

  3. La poésie nourrit la Vie ; les écrits poétiques sont des respirations et je comprends que ce poète t’accompagne dans ton ermitage de Montmeyan.
    Merci pour la découverte; j’irai à sa rencontre sans aucun doute
    Bien à toi

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