de ROFFI / martine roffinella

Zones grises et « Troubles dans le consentement » sexuel

Zones grises  et « Troubles dans le consentement » sexuel
« Du désir partagé au viol : ouvrir la boîte noire des relations sexuelles » : tel est le sous-titre du pertinent ouvrage que publie Alexia Boucherie, inaugurant la nouvelle collection « Genre ! » des éditions François Bourin. Entre des « oui » qui n’en sont pas, et un « non » qui reste informulé (« Il/elle va penser que je ne l’aime plus »), il est grand temps de nous interroger sur ce qu’est exactement notre consentement propre.

« À l’origine de cette enquête, nous explique Alexia Boucherie, une question : qu’est-ce que le consentement ? »
Énoncée de cette façon, l’interrogation peut susciter quelque perplexité, car enfin, la loi ne délimite-t-elle pas clairement la notion de « consentement libre et éclairé », qui ne doit souffrir d’aucune « violence, menace, contrainte ou surprise » ?
La fameuse « tribune des 100 », publiée le 9 janvier 2018 dans le journal Le Monde, n’affirmait-elle pas vouloir préserver « une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle » – la « liberté de dire non » n’allant pas, selon les signataires, « sans la liberté d’importuner » ?
De même, il semblerait qu’existe, toujours selon cette tribune, « une graduation dans les interactions à dimension sexuelle, allant de la “drague maladroite” à la violence, tout en légitimant la première par la seconde ».

Qu’en est-il ?

Alexia Boucherie élargit subtilement le débat à la question essentielle de la façon dont le consentement « s’identifie » dans une relation charnelle et comment nous l’intégrons à nos biographies sexuelles. Au cours du livre nous nous apercevons qu’« il n’y a pas besoin de violence explicite pour qu’une relation sexuelle soit perçue comme un viol, ou que la question du consentement soit trouble » : il est donc « impossible de répondre positivement ou négativement à la question de la liberté à consentir sans étudier le contexte de la relation ».  Sachant que par ailleurs, le patriarcat « oppresse les femmes » et impose des « normes de genre qui construisent des masculinités viriles, conquérantes, possessives, et des féminités suffisamment malléables pour céder ».

L’enquête explore alors, témoignages à l’appui, « ce qui se trouve entre le sexe consenti et désiré » et « celui qui est consenti mais non désiré » – les fameuses « zones grises », qui ne sont « ni nommées “viols” par les actrices qui les vivent, ni pourtant considérées comme des relations pleinement désirées ».

« J’suis tout-e nu-e mais ça m’tente pu » © Les Folies Passagères

Six chapitres extrêmement complets croisent références, témoignages et analyses de manière astucieuse : 1. L’ordre sexuel et ses normes : vous avez dit consentement ? ; 2. La fabrique des « zones grises » de la sexualité ; 3. « Je n’en avais pas envie, mais… » ; 4. Apprentissages de la sexualité en hétéronormativité ; 5. Recevoir et produire de la violence : interpréter le viol ; 6. Quand l’intime devient politique : résister à l’hétéronormativité.

La zone grise « par conformité », le concept de « faire le job » – notamment pour ce qui concerne la première expérience (« j’avais pas la force de lui dire “non arrête, ça me plaît pas du tout ce que tu es en train de faire” (…) je pensais qu’en vrai, tout le monde devait passer par là (…) ») –, et aussi l’idée que le « cadre conjugal » induit « de facto la réalisation de rapports sexuels » (« devoir conjugal » ; « preuve d’amour » ; « indicateur de la santé/solidité du couple », etc.), révèlent des pépites quant aux multiples conditionnements dont nous sommes l’objet.

Que signifie, dans ce cas, le fameux « consentement libre et éclairé » ?
Et comment s’assurer du « consentement de l’autre », sachant que certains stéréotypes de genre perdurent, « les garçons pulsionnels » devant (toujours et encore) « être gérés par des filles réfléchies » ?

« Vagina Dentata » © Maïc Batmane

À la lecture du judicieux et salutaire travail d’Alexia Boucherie, peut-être constaterez-vous, comme l’une des personnes ayant participé à cette enquête, « être plus à même d’identifier le non-consentement que le consentement ».

Je ne vous en dévoilerai pas plus – car il faut vraiment se plonger dans cet ouvrage afin de s’interroger soi-même sur ce qui nous appartient comme ressenti (pas grand-chose, en réalité !) et sur ce que les codes sociaux nous ont inculqué comme des évidences.
Une multitude de stéréotypes à remettre en question, selon un processus que l’autrice nous propose pour « repenser notre rapport à la sexualité », alors que « l’intime devient politique » et que la pratique du « consentement situé » offre un formidable outil de « déconstruction » – donc d’émancipation.

© Stanislas Linden

Quatre questions à Alexia Boucherie

MARTINE ROFFINELLA : Racontez-nous la genèse de cet ouvrage. À quel moment le sujet vous est-il apparu ? Comment en avez-vous conçu le plan ? Quelle a été votre logique pour aborder puis traiter ce thème d’une façon si originale ?

ALEXIA BOUCHERIE : Ce livre est le résultat de cinq années de travail universitaire, et plus globalement d’environ sept ou huit années de cheminement féministe personnel.

Concernant l’investissement académique, j’ai commencé à travailler avec les théories féministes sur le sujet du viol pour mon master 1 en sociologie, que j’ai réalisé à l’Université de Bordeaux. Les réflexions féministes ont simplement étayé l’orientation que j’ai donnée à mes questionnements, car j’ai d’abord forgé mes interrogations à partir de mon expérience personnelle.

Ces deux milieux, la sociologie et le militantisme, ont une place majoritaire dans ma vie, et m’ont aidée à mettre du sens sur ce que je vivais, sur les mécanismes qui régulent notre quotidien, à trouver ma place dans tout ça. La rencontre avec ces deux sphères a bouleversé mon existence, et le mot n’est pas exagéré !

J’ai été violée à 17 ans, lors d’un voyage à l’étranger.
La grande coïncidence, c’est que lors du départ, à l’aéroport, j’achetais King Kong Théorie de Virginie Despentes, juste parce que j’étais intriguée par le ton fougueux de la quatrième de couverture : « J’écris de chez les moches pour les moches (…) » Coïncidence surprenante, car ce livre est littéralement un pamphlet contre la domination masculine, et une ode au féminisme comme espace de résistance. Bref, sa lecture m’a fait beaucoup de bien, m’a éclairée sur cette violence spécifique, et m’a surtout donné envie d’en découvrir davantage à ce sujet.

Je dois avoir vingt-deux ans lorsque j’entre en master 1, et que je commence à m’investir dans des espaces militants, notamment avec le collectif féministe Le Baragouinage, sur Bordeaux, auquel j’appartiens toujours. Les rencontres féministes ont été déterminantes, par les amitiés créées, mais également par les discours que j’ai commencé à entendre autour de moi : tout mon entourage avait au moins un récit de violence sexuelle à raconter.

Voilà comment ce sujet est apparu : comme je le dis dans le livre, j’ai vraiment eu l’impression qu’il s’imposait à moi par sa récurrence. Donc quand j’ai eu l’occasion, dans mes études, d’avoir du temps pour approfondir scientifiquement un sujet, j’ai sauté sur l’occasion. J’avais déjà beaucoup lu d’informations militantes et universitaires autour des questions sur le viol en lui-même, ses mécanismes, cet acte résultant de rapports de pouvoir de genre. Tout un système social le fabrique et l’entretient, par la transmission de croyances selon lesquelles certains corps, certaines identités, valent moins que d’autres, et peuvent être violés.

L’énigme sociologique que je voulais résoudre se trouvait donc autre part : comment était-il possible que ce crime soit encore si présent dans nos quotidiens, comment cette menace pouvait-elle peser continuellement sur nos existences, alors que des dispositifs judiciaires étaient déployés pour stopper ces violences ?
C’est comme ça que je me suis rendu compte que la justice n’était pas vraiment un outil sur lequel on pouvait compter. Ma première recherche a donc porté sur la manière dont des groupes féministes militants virtuels, sur Facebook, pouvaient être des espaces alternatifs de ressources pour les victimes cherchant du soutien (en très gros).

Mais cette recherche m’a laissée sur ma faim, car je voyais régulièrement, dans ces espaces, les questions du consentement être réduites à « oui c’est oui » ou « non c’est non ». Alors que j’observais bien, dans ma vie ou dans les récits de mes ami-e-s, que c’était plus complexe que ça, et que cette vision ne permettait pas de faire entrer la multiplicité d’expériences vécues par une catégorisation binaire.

J’ai donc réalisé mon master 2 l’année suivante, en deux ans cette fois, à partir de cette question des « zones grises », ces expériences qui ne sont pas labellisées comme « viol » légalement, qui ne le sont pas nécessairement non plus pour les personnes qui les vivent, mais qui sont toutefois problématiques.

Pour résumer cette longue explication, je dirai donc que mes questions de recherche sont majoritairement issues de ce que j’observe au quotidien, que j’aiguise au travers des discours militants (qui disent souvent la même chose que les études universitaires, seul le langage et la méthode changent), puis que j’étoffe à l’aide des outils sociologiques.

M. R. : Compte tenu de la manière dont vous vous situez vous-même : « Je suis une femme cisgenre de vingt-cinq ans, née en France et blanche, militante féministe et queer, lesbienne, issue de classe supérieure », à quel(s) degré(s) évaluez-vous l’apport qui vous a été procuré par l’écriture de ce livre (socialement, professionnellement, intimement, etc.) ?

A. B. : Je crois que l’apport de ce livre a surtout été personnel. Le processus de recherche, de manière générale, m’a toujours fait beaucoup de bien. Alors avoir eu l’opportunité de voir mon travail édité, surtout en tout début de « carrière » (en espérant qu’elle continue), est une belle récompense, que je peine encore à m’approprier. Cela me rassure sur mes compétences de sociologue, de voir que des gens s’intéressent à mes réflexions, ça me prouve quelque part que je suis dans le juste. Bon après je relativise en me disant que Zemmour aussi écrit des livres… Mais ce qui est certain, c’est que cette expérience m’a beaucoup apporté en termes de confiance en moi. Je n’ai jamais été à l’aise à l’oral, ou dans les relations sociales de manière générale, alors susciter d’un coup un intérêt médiatique – même relatif – m’a amenée à travailler mon expression orale, et à me confronter aux opinions des autres sur ce travail aux racines très personnelles.

Travailler sur le consentement, avoir mes pensées préoccupées jour et nuit par ces questionnements, m’a évidemment conduite à revoir mes propres comportements sexuels. Déjà en relisant ma « biographie sexuelle » avec ces lunettes critiques, mettant à jour le nombre de violences subies, de contacts sexuels non-désirés, à cause de cette pression à l’hétéronormativité, alors que je suis lesbienne et pas vraiment dans les codes de la féminité hégémonique. Mais j’ai aussi posé un regard critique sur les limites que j’avais moi-même enfreintes, envers d’autres. Me rendre compte que oui j’avais pu être cette personne bourrée qui insiste pour qu’une autre accepte de coucher, et qui ne s’arrête donc pas au premier « non ». Ou celle qui a pu faire des scènes à sa copine parce qu’elle ne voulait pas coucher avec moi. J’en suis parfois venue à contacter des personnes avec qui j’avais eu des relations sexuelles pour leur demander si j’avais déjà forcé leur consentement, ou si elles avaient pu se contraindre ! Globalement, je pense avoir eu de la chance, d’être tombée sur des personnes qui ont toujours su positionner leur refus. Mais ça aurait pu ne pas être le cas.

Cette recherche a donc complètement renouvelé ma manière de « faire » du consentement. Désormais je verbalise énormément, je signale mon envie en le disant concrètement à l’autre, et la laisse venir si elle en a envie également. Et j’ose aussi dire non, sans culpabiliser. Ou en disant à l’autre que son comportement vis-à-vis de mon refus me fait culpabiliser, ou me rend mal à l’aise, et que ce n’est pas chouette. Et si je ne suis pas à l’initiative de la proposition sexuelle, je prends le temps d’évaluer ce que je ressens, si j’ai du désir sexuel au moment où l’acte est proposé, ou du moins si l’idée me séduit, ou si je sens que mon acceptation va être guidée par autre chose. Dans ce cas j’évalue également le degré de « contrainte » : est-ce simplement parce que l’idée ne m’avait pas traversé l’esprit, mais pourquoi pas, ou est-ce parce que ça fait trois semaines que ma copine me propose et que je dis toujours non, et qu’à un moment il va bien falloir que je me bouge ?

Avec ce livre, j’espère finalement que des personnes vont pouvoir se poser ce même genre de questions dans leur rapport à la sexualité, que ce sera un outil pour s’éviter des expériences pesantes en rapport à la sexualité, qui devrait seulement être un espace de plaisir (et éventuellement de procréation).

Lors de ma soutenance de mémoire, mon directeur de recherche, Éric Macé, m’a dit que je pouvais tirer de ce travail des articles universitaires, ou en faire un essai. J’ai choisi la deuxième option, dans un but de transmission de ces réflexions, que j’estime précieuses pour chacun-e d’entre nous. Pour faire sortir ces préoccupations des seuls milieux féministes ou académiques, car à mon sens cette question est bien trop importante pour n’être réservée qu’à ces seuls espaces.

Professionnellement, la parution de cet ouvrage donne a priori une certaine étoffe à mon CV, puisque je m’oriente vers une carrière universitaire. Les publications ont un rôle très important dans la recherche, donc c’est un bonus. Toutefois cela ne fait pas tout : mon implication revendiquée dans le militantisme m’a récemment joué des tours, puisque l’on m’a refusé un poste de thèse en grande partie à cause de mon engagement, considéré comme un « biais de recherche ». Il va donc falloir que je réfléchisse à la présentation de ce travail dans le milieu académique, afin de le valoriser en des termes « scientifiques » et non sur son importance sociale, pour en faire un réel atout.

M . R. : Comment avez-vous procédé pour mener votre enquête ? De quelle façon avez-vous opéré votre sélection des personnes interrogées ? Et selon quels critères ? Avez-vous spontanément recueilli l’adhésion à votre projet – ou non ?

A. B. : C’est cette question qui est peut-être la plus honteuse pour moi, car je n’ai pas vraiment respecté la rigueur scientifique que la sociologie exige pour qualifier une « bonne » recherche…

J’ai tout simplement posté une annonce sur Facebook, via mon profil privé (grossière erreur), puis sur des groupes d’étudiant-e-s, et la publication a été relayée avec une technique dite de « boule de neige ». J’ai ainsi sélectionné toutes les personnes qui m’ont contactée et qui entraient dans les critères que j’avais définis : personnes de 18 à 30 ans habitant Bordeaux et ses environs, toutes orientations sexuelles confondues. J’ai évacué certains hommes qui m’ont contactée avec une démarche de séduction explicite, et j’ai également annulé avec une femme qui ne donnait plus de réponse à mes messages quand il a fallu convenir d’un rendez-vous. Enfin, j’ai également dû annuler avec deux personnes transgenres, car j’ai eu peur d’être maladroite dans mes propos.

Mes hypothèses étaient encore fébriles à cette époque, et la principale portait sur la socialisation de genre, c’est-à-dire la manière dont on nous éduque à avoir des comportements dits « masculins » ou « féminins », en fonction de nos organes génitaux. Pour le coup, si j’avais voulu avoir une rigueur scientifique, j’aurai dû constituer un groupe de personnes trans* à mettre en parallèle du groupe homme et du groupe femme, qui aurait pu constituer une forme de groupe « test » de ma théorie sur l’hétéronormativité. Puisque ces personnes ont finalement vécu le plus d’injonctions à la conformité de genre, et le plus de violences lorsqu’elles s’en écartent, mais qu’elles ont peut-être aussi vécu deux apprentissages du consentement, à mesure de leur transition. Mais voilà, je ne me sentais pas de porter ce genre d’hypothèses. Cela pourrait constituer un futur travail de recherche entier, mais à construire avec elleux, pas simplement comme une variable test d’une théorie.

C’est d’ailleurs comme ça que j’ai essayé de travailler avec les personnes que j’ai interrogées, dans un réel échange qui, je l’espère, a été vécu comme un partage de savoir et non comme une exploitation de leurs expériences de vie. Je pense que les personnes qui ont répondu étaient déjà intéressées, de près ou de loin, à la complexité de la fabrication des relations sexuelles. Dans mon annonce, et dans mes questions lors des entretiens, j’ai pris soin de ne pas mentionner d’emblée le terme de consentement ou de viol. J’y évoquais un projet de recherche portant sur « la manière dont les relations sexuelles sont abordées, pratiquées, négociées, qu’elles soient réalisées dans un cadre conjugal, affectif, et/ou purement sexuel ». Et lors de l’entretien, j’utilisais des phrases dérivées, comme « est-ce que tu t’es déjà senti-e obligé-e d’avoir une relation sexuelle avec quelqu’un-e », puis « est-ce que tu as déjà été contraint-e à une relation sexuelle », et pour finir, si ça n’avait pas été abordé spontanément par la personne au cours de l’entretien, « est-ce que tu as déjà été violé-e ».

Comme je l’explique dans le livre, les termes de « viol » et de « consentement » font référence à un imaginaire bordé par la violence extrême, donc une personne qui a vécu une relation sexuelle contrainte, mais sans violence explicite, aura moins tendance à cadrer son expérience comme un viol, et n’en parlera pas si on pose la question sous ce terme.

De plus, ces précautions lexicales renvoient à des degrés de coercition différents, donc sont pleinement dans mon hypothèse de « zones grises » qui ne sont pas des viols, mais qui peuvent toutefois être problématiques. Si les postulant-e-s n’avaient pas d’indices, a priori, sur le fait qu’on allait aborder le consentement pendant l’entretien, on en a souvent parlé après, en « off ». Et ces échanges ont été très importants pour moi, car j’ai également pu « sortir » de mon rôle de sociologue neutre, pour parfois partager mes propres avis sur la question, ou mes hypothèses. Car souvent, les personnes m’ont dit qu’elles ne s’étaient jamais posé ce genre de question sur leur sexualité, du moins pas de manière si réflexive, donc j’ai pris le temps, avec celles qui en éprouvaient le besoin, de revenir sur le témoignage de certaines expériences, pour les décortiquer de manière peut-être plus « thérapeutique ».

C’est un des points faibles de ce travail, car je n’ai pas à avoir cette position. Mais je n’ai pas vraiment su comment gérer « l’après » entretien d’une autre manière, sans me sentir coupable d’avoir débarqué dans leurs quotidiens, tout chamboulé avec mes questions, puis de repartir en les remerciant et ne plus jamais leur adresser la parole…

Ce sont des questions d’éthique de la recherche qui ne doivent pas être minimisées, que je cadrerai mieux dans mes prochains travaux. Car oui, je n’en ai pas fini de démêler ces ficelles du consentement ! La prochaine recherche, si elle marche, se fera dans le cadre d’une thèse qui portera sur l’intersectionnalité des normes du consentement, et non seulement l’impact des rapports de genre sur sa construction. Le panel sera donc plus diversifié que celui qui a composé cette recherche, et déterminé par une vraie méthode !

M . R. : Quelle prise de conscience est selon vous primordiale de la part de votre génération de femmes – et des humains, plus généralement ? Si vous deviez résumer votre ouvrage en une seule phrase pour qu’enfin le « consentement situé » s’impose, quelle serait-elle ?

A. B. : Comme je l’ai abordé un peu plus haut, je pense que la chose essentielle à retenir de ce travail, c’est de se poser la question de son propre désir. Et à partir de là, évaluer le degré de contrainte qui pèse sur notre consentement, pour au moins être conscient-e de la raison pour laquelle on s’apprête à avoir une relation sexuelle.
Il faut aussi être attentif/ve au désir de l’autre personne, et cela passe par une grande attention portée au comportement verbal et non-verbal : laissez l’espace à l’autre, ainsi qu’à vous, pour exprimer des envies et des limites. Promis, cette introspection ne casse pas l’érotisme (au contraire !), cela vous permettra juste d’être sûr-e du consentement de chacun-e, et de mieux jauger votre rapport à la sexualité. Bien évidemment, ces phrases s’adressent à tout le monde, indépendamment de notre identité de genre ou de notre orientation sexuelle.

La deuxième chose est de s’autoriser à dire « non » sans culpabiliser. Et si la personne en face n’accepte pas votre refus avec bienveillance, comme un gage de la confiance que vous lui témoignez en osant positionner vos limites, c’est elle qui est problématique.
La sexualité n’est pas un devoir, ni même obligatoire. Elle peut être source de plaisir, mais elle peut aussi être un loisir qu’on ne pratique pas, pour toutes les bonnes raisons du monde. Refuser une relation sexuelle parce qu’on ne la désire pas n’est pas problématique. Avec la médicalisation de la sexualité, on a désormais tendance à considérer que toute absence de sexualité est symptomatique, qu’elle indique un dysfonctionnement physique ou psychique. Or, il faut plutôt la considérer comme une activité, qu’on pratique quand on le désire, sans se forcer. Lorsque cette conception sera banalisée, alors on aura atteint la véritable « révolution sexuelle ».

Troubles dans le consentement – Du désir partagé au viol : ouvrir la boîte noire
des relations sexuelles, par Alexia Boucherie, aux éditions François Bourin,
collection « Genre ! », 16 euros.

Page Facebook du livre, pour y trouver les actualités :
https://www.facebook.com/troublesdansleconsentement/

Pour trouver les illustrations (et peut-être les acheter !) :
– sur le site de Maïc Batmane :
https://maicbatmane.fr/
et son espace vente :
https://www.etsy.com/fr/shop/MaicBatmane
– sur le site Les Folies Passagères :
https://lesfoliespassageres.com/


Commentaire(s)

  1. Voilà un questionnement particulièrement intéressant. Cette zone grise que vous évoquez, je crois tout le monde l’a connue à un moment ou à un autre de sa vie. Surtout les femmes ! Mais tout simplement, on évite d’y penser, on se voile la face. On accepte pour des tas de raisons qui ne sont pas forcément conscientes sur le moment. Ou tout du moins pour des raisons qu’on préfère ignorer.

    1. Merci pour votre commentaire !
      Toutes ces “bonnes raisons” pour lesquelles on accepte ces zones grises sont un entremêlement de normes et d’injonctions à des schémas sexuels, qui finalement ne sont pas si “libérés” que l’on pourrait le penser… C’est pourquoi j’espère que mon livre, en visibilisant certains des mécanismes des zones grises, pourra être une ressource pour proposer de nouveaux scripts sexuels, beaucoup plus centrés sur la notion d’envie réciproque, plutôt que celle de consentement, qui finalement ne veut pas dire grand chose…

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