Qui est donc Velours ? Ses premiers cris ont pulsé sous mes doigts il y a vingt-cinq ans, et depuis je n’ai cessé de me battre pour qu’ils soient entendus, ces cris-là – remettant cent fois sur le métier mon ouvrage et vieillissant avec mon héroïne sans jamais rien perdre de son indignation et encore moins de sa colère.
À plusieurs reprises, Velours a failli être entendue : vers l’année 2018, François Bourin, qui était alors mon éditeur, avait adoré cette femme de courage qui donnait l’alerte bien avant l’heure, avec son parler cru aux accents de Jehan Rictus et son anticléricalisme sadien. Il la défendit bec et ongles mais ne parvint pas à convaincre les financiers de l’urgence qu’il y avait à publier les mots écorchés d’une femme déclassée, SDF squattant les marches d’une église. On les comprend, ces gens d’argent – ne sont-ce pas eux que Velours voit défiler le dimanche, à tremper leurs précieux doigts dans le bénitier avant d’assister à la messe ?
Velours dut donc ronger son frein encore longtemps, d’indifférence en mépris, jusqu’à la rencontre – follement mouvementée – avec Jean-Claude Goiri, des éditions Tarmac, qui la décrit comme suit :
« Velours n’est pas de celles qui se taisent. Comédienne sans scène, elle a fait du parvis son théâtre et du silence de pierre son interlocuteur. Entre deux sacs de pain rassis et quelques pommes gâtées, elle interpelle l’Institution, bouscule les certitudes et crache sa vérité avec une ferveur que les dévots ont oubliée. Partition théâtrale incandescente. Une pièce en quatre actes où la misère devient lyrique, où la révolte se fait prière profane, et où la voix de Velours résonne comme un cri de dignité lancé à la face du monde. »

Depuis quelques jours, ma pièce de théâtre, J’ai dit Velours, est donc accessible à toute personne que cette voix de femme interpelle. Dans ma candidature au prix Antoinette Fouque 2026, voici ce que j’en dis :
« Velours rêvait d’être comédienne et de jouer Andromaque au Théâtre du Châtelet. La vie en a décidé autrement – et surtout les hommes, en l’occurrence, qui lui ont fait prendre des vessies pour des lanternes ; jusqu’à Dieu qui en est un aussi [d’homme]. Velours accuse le coup – mais gagne la partie, au prix de sa propre mort éternelle. Incrustée à jamais aux pierres de l’Église, elle devient son cancer : c’est la victoire de toutes les femmes déclassées qu’elle signe là. À partir de Velours, elles seront toutes libres. »
Vous aurez compris l’importance de cette pièce de théâtre dans mon parcours d’écrivaine. Je lui ai consacré vingt-cinq ans de lutte, et aujourd’hui Velours arrive à point nommé pour affirmer : « Vous m’aurez pas. »
Elle n’attend plus que vous désormais. En résistance.
Martine Roffinella
MES JOURS – Sous le pavé la plume.
Site de mes créations
P.-S. : Vous pouvez vous procurer J’ai dit Velours dans toutes les bonnes librairies ou bien en ligne et sur le site des éditions Tarmac : tarmacachats/j-ai-dit-velours-de-martine-roffinella
