Au début de mon parcours en littérature, à l’occasion d’une rencontre avec d’autres jeunes auteurs de ma génération, j’ai posé la question : « À partir de quel moment devient-on écrivain ? »
Cette question peut aujourd’hui paraître stupide, puisque pratiquement tout le monde est écrivain : il suffit pour cela d’avoir publié un livre – par le biais d’une maison d’édition ou en tant qu’indépendant autofinancé. Depuis un certain nombre d’années déjà, le « statut » d’écrivain n’a pratiquement plus rien à voir avec celui qui me faisait tant rêver dans ma jeunesse, et qui était réservé à des gens que je vénérais, comme Duras ou Yourcenar. Les écrivains étaient pour moi des géants – il me faudrait une vie entière pour ne serait-ce qu’espérer construire une œuvre qui ne pourrait de toute façon pas être comparée à celle de mes immenses prédécesseurs.
Donc, pour en revenir à ma question de départ, je me demandais à partir de quel moment je pourrais revendiquer ce titre d’écrivain – à cette époque le féminin ne s’employait guère. J’avais déjà publié mon premier roman, Elle (éd. Phébus), qui avait connu un succès colossal grâce à mon passage chez Bernard Pivot dans son émission Apostrophes ; mais cela ne suffisait pas à me permettre d’utiliser le mot « écrivain » pour me définir. Je n’étais pour le moment – dans mon esprit c’était très clair – qu’un auteur débutant (là encore, le féminin était très peu usité).
La discussion s’engagea avec mes « confrères », eux aussi « auteurs débutants » et âgés de moins de trente ans. Après de vifs débats, néanmoins argumentés et passionnants, il fut décrété qu’être un écrivain (un « vrai »), c’était avoir publié dans les cinq grands registres de la littérature : Roman – Nouvelle – Poésie – Théâtre – Essai.
Tout cela n’avait pas grand fondement, mais pour ma part j’ai conservé cette définition dans un coin de tête – et j’ai donc le plaisir de vous annoncer que d’ici le mois de mars prochain, je serai une écrivaine complète !
En effet, j’aurai alors publié dans tous les registres de la littérature précédemment énoncés, puisque ma pièce de théâtre : J’ai dit Velours sera éditée par Jean-Claude Goiri des Éditions Tarmac. Nous venons de signer le contrat en ce sens.
Dans ma bibliographie, il ne me manquait que le théâtre, et voilà je serai bientôt comblée, pour l’année de mes soixante-cinq ans.
Il m’aura donc fallu quarante années pour devenir écrivaine.
Ce n’est rien – juste une vie pour la littérature.
Martine Roffinella
MES JOURS – Sous le pavé la plume.
martineroffinella.fr/creations

Un théâtre d’une acuité intense et d’une actualité brûlante. Merci pour le partage!
La barre était placée à des hauteurs vertigineuses, et ce qui allait devenir l’autoédition se limitait à l’édition à compte d’auteur, mais n’était pas invitée au débat qui faisait rêver certain(e)s des jeunes pousses dont vous étiez.
Aujourd’hui, probable qu’il faille présenter des excuses circonstanciées, un certificat médical récent, avoir des témoins d’intelligence, si l’on doit concéder : « Non, ça paraît fou, mais je ne suis pas auteur(e). »
Mille et un bravos pour ce « parcours complet », qui relève d’une passion exigeante qui persévère (phonétiquement un comble pour une poétesse), je ne peux que vous souhaiter des comédiennes qui rêvent de jouer sur du Velours, des salles emplies d’émotions, captives de la sensibilité de la jeune dramaturge – que dis-je, la jeune auteure !! – que vous êtes.
En guise de conclusion, j’ai substitué « auteure » à « écrivaine » (ou « écrivain » à l’époque), veuillez m’en excuser ; « écrivain » devait avoir plus de poids à vos yeux, être un terme plus spécifique, le seul apte à nourrir vos ambitions, un jour les couronner.