de martine roffinella

Louise L. Lambrichs, ou l’écriture de « quelque chose qui nous concerne »

Louise L. Lambrichs, ou l’écriture de « quelque chose qui nous concerne »

©MartineRoffinella

Dans Comme en 14 ? qu’il est urgent de lire, Louise L. Lambrichs, ayant « anticipé » la « menace terroriste », révèle un effroyable déni de justice « mis en place par l’ONU ». De quoi être estomaqué·e, mais enfin éclairé·e – pour ensuite se réjouir de Quelques lettres d’elle.

C’est grâce à Philippe Bouret que j’ai décou­vert la for­mi­da­ble écrivaine qu’est Louise L. Lam­brichs – certain·e·s d’entre vous se sou­vi­en­nent sûre­ment de son remar­qué pas­sage ici même, notam­ment pour l’ouvrage qui les réu­nit : Escapade, « Con­ver­sa­tion 2015–2016 » (éd. La rumeur libre).

Intriguée par son engage­ment et son par­cours, qui soulevèrent en moi ent­hou­si­asme et admi­ra­tion, j’eus envie d’en savoir plus – à la fois sur son désir de « met­tre [s]a plume au ser­vice d’autres voix que la [s]ienne » et sur sa musi­cal­ité lit­téraire : com­ment le tout pou­vait se con­juguer dans la même femme con­stru­isant une œuvre puis­sante et ten­dant à l’universalité.

Grâce aux bons soins des édi­tions La rumeur libre, dont je tiens à soulign­er ici l’élégance et la générosité, j’ai ain­si pu décou­vrir deux ouvrages de Louise L. Lam­brichs qui don­nent une assez belle et impres­sion­nante vue sur l’étendue de son tal­ent – sa capac­ité à met­tre son sens de l’humain au ser­vice d’une vérité et d’une aspi­ra­tion à la jus­tice qui ne tour­nent pas le dos à la poésie mais au con­traire en font une alliée.

« Sans une épisté­molo­gie met­tant en jeu le sujet sin­guli­er qui l’écrit, l’histoire n’est bien sou­vent qu’une suite recon­stru­ite de faits obscurs, causés par des fac­teurs hétérogènes dont l’homme en tant qu’acteur et sujet sin­guli­er paraît absent, et comme tels dépourvus de sens », écrit l’autrice dans son avant-pro­pos à Comme en 14 ? Con­tri­bu­tion à l’écriture de notre his­toire.

Et d’ajouter : « Ten­ter de penser claire­ment ce qui s’est pro­duit entre 1991 et 1995 dans cette par­tie de l’Europe du sud-est qual­i­fiée dans nos manuels de “poudrière” depuis au moins 1914, tel fut l’enjeu de ce long tra­vail fondé sur l’intuition que les con­tra­dic­tions man­i­festes, per­cep­ti­bles dans toutes sortes de dis­cours ne s’articulant pas les uns aux autres, masquaient un point aveu­gle qu’il con­ve­nait de débus­quer. »

Dans l’interview qui suit, Louise L. Lam­brichs dit ne pas avoir « été sur­prise par les atten­tats con­tre Char­lie ou par la tragédie du Bat­a­clan ».

C’est l’une des raisons pour lesquelles il faut lire Comme en 14 ? – pour com­pren­dre, et peut-être enfin tir­er quelques enseigne­ments con­cer­nant l’avenir de l’humanité ?…

Pho­to : ©Roffinel­la­Mar­tine.

Une fois tout ce riche et stupé­fi­ant tra­vail décou­vert, l’on ira pass­er d’autres moments de vie à la lec­ture gus­ta­tive de Quelques let­tres d’elle – aux amis, aux amants, à l’entourage, aux édi­teurs, aux jour­nal­istes…

Cha­cune de ces mis­sives est un délice, qui tourne par­fois au plaisir espiè­gle assumé, dont je vous recom­mande joyeuse­ment d’user et d’abuser !

Jugez plutôt :

« Vous êtes sur­venu comme la forme inat­ten­due qu’attendait mon désir, celui qu’éveille votre voix, votre présence, votre sourire, la forme de vos mains que je me suis retenue d’approcher l’autre soir, le seul sou­venir de vous qui, désor­mais, fait par­tie de moi. »

En somme, il faut lire TOUT Louise L. Lam­brichs, car c’est une pierre incom­pa­ra­ble à l’édifice humain que cette écrivaine façonne, et dont elle vient à présent nous par­ler.


La parole à Louise L. Lambrichs

Pho­to : ©AnaïsChaine.

L’écriture de Comme en 14 ? Con­tri­bu­tion à l’écriture de notre his­toire, a été une aven­ture inimag­in­able.

Une aven­ture tis­sée de lec­tures mul­ti­ples, de con­fronta­tions récur­rentes à l’Histoire avec sa grande hache, d’exploration de dif­férents dis­cours con­tra­dic­toires tenus sur la même ques­tion par divers experts, de démon­tage de pro­pa­gan­des imbues de leurs cer­ti­tudes, de ren­con­tres imprévis­i­bles, de remis­es en ques­tion inces­santes, de véri­fi­ca­tions de ter­rain, de con­flits avec des per­son­nes per­suadées de tout savoir et sour­des à toute autre hypothèse, bref, une aven­ture humaine aus­si réelle qu’irracontable dans ses moin­dres détails.

Cou­ver­ture de Comme en 14 ?.

Une aven­ture liée aus­si à l’histoire qui me précède, ain­si qu’à mes ami­tiés depuis l’enfance et à mes amours.

Je n’en dirai donc pas tout, j’en suis bien inca­pable d’autant que c’est plus impos­si­ble encore que ce que j’ai fait qui a man­i­feste­ment, pour cer­tains, fig­ure d’impossible.

De plus, j’estime que ma vie privée n’intéresse que moi et je n’en ai jamais fait matière à lit­téra­ture.

Élevée à l’ombre de nos grands aînés – Balzac, Stend­hal, Flaubert, Zola, Proust, Zweig, Dos­toïevs­ki, Tchékhov, Tol­stoï, Dick­ens, et j’en passe – je n’ai jamais con­sid­éré qu’être écrivain, c’était racon­ter sa vie.

Je me bornerai donc à dire quelque chose qui me paraît « nous » con­cern­er, puisque ce tra­vail par­le de « notre his­toire », celle que ne racon­tent pas encore les his­to­riens du temps présent.

Des his­to­riens dont cer­tains m’ont dit que pour un his­to­rien, ce qu’écrit un écrivain, c’est peanuts.

Point de vue d’autant plus dis­cutable que ceux qui sont par­tis en cac­ahuète jusqu’à présent, sur ce ter­rain pré­cis, ce n’est pas moi.

Mais il est vrai aus­si que j’ai eu un men­tor excep­tion­nel.

Mirko D. Grmek. Coll. per­son­nelle Louise L. Lam­brichs.

Bien enten­du, un écrivain ne peut pré­ten­dre – au départ au moins – qu’à la sub­jec­tiv­ité au sens où il ne peut pas imag­in­er une sec­onde, à moins d’être fou à lier, qu’il est spon­tané­ment objec­tif.

Pour le dire autrement, il ne peut pas pré­ten­dre, cent ans après l’ouverture du champ freu­di­en, faire abstrac­tion de la dimen­sion incon­sciente du sujet par­lant.

C’est en quoi, sans doute, il dérange quand il se prononce, comme j’ai pu finale­ment le faire, dans des domaines rel­e­vant d’un cer­tain nom­bre d’expertises académiques où la for­clu­sion du sujet, comme dit Lacan, est la règle imposée, admise, inté­grée comme un « devoir méthodique ».

Si je me suis aven­turée – au départ avec Mirko D. Grmek, qui m’a énor­mé­ment appris – dans ce champ lit­téraire par­ti­c­uli­er qu’est l’histoire (his­toire de la pen­sée médi­cale, his­toire événe­men­tielle avec Les Révoltés de Ville­franche, enfin his­toire européenne à la faveur de la guerre en ex-Yougoslavie), c’est qu’après des années d’expériences et d’échanges, j’ai bru­tale­ment pris con­science que bien des experts occi­den­taux refoulaient une ques­tion qui, sur le ter­rain de l’ex-Yougoslavie, me parais­sait majeure pour expli­quer la répéti­tion géno­cidaire à laque­lle nous assis­tions (et que beau­coup d’auteurs avaient en par­tie repérée avant moi), à savoir la col­lab­o­ra­tion de la Ser­bie de Nedic avec l’Allemagne nazie.

La poignée de main entre Hitler et Milan Nedic, chef du gou­verne­ment serbe, col­lab­o­ra­teur (pho­to pub­liée en 1942, domaine pub­lic).

Théorique­ment, cette ques­tion était rel­a­tive­ment con­nue des his­to­riens spé­cial­isés.
Mais pourquoi, dans un pays comme le nôtre, démoc­ra­tique, et dis­posant de la loi Gayssot, cette col­lab­o­ra­tion avec l’Allemagne nazie était man­i­feste­ment con­sid­érée comme un détail par l’immense majorité des experts depuis 1991, ain­si que par les respon­s­ables poli­tiques de tous bor­ds qui pre­naient des déci­sions sur ce ter­rain, cela ne peut s’expliquer que par les préjugés, l’ignorance, voire ce que j’ai nom­mé non pas « l’impensable », mais l’impen­sé.

Vuko­var, 18 nov. 2007. Seize ans après la chute de la ville, séquelles de la guerre. Pho­to : ©L.L.Lambrichs.

C’est une aven­ture à la fois trou­blante et boulever­sante de se trou­ver subite­ment à une place sin­gulière, où l’on est devenu con­scient d’une ques­tion humaine majeure, dou­blée d’un déni qui empêche de pren­dre la parole face à des gens qui, en effet, non seule­ment ne sont pas con­scients de cette ques­tion mais refusent d’en enten­dre par­ler (ce qui témoigne tout de même qu’ils se sen­tent intime­ment con­cernés).

J’ai beau­coup ten­té d’en par­ler avec des jour­nal­istes, mais tous, jusqu’ici, m’ont opposé une fin de non-recevoir.

Je suis donc allée par­ler à d’autres, et en par­ti­c­uli­er Zoran Šangut, défenseur de Vuko­var et juriste.

Vuko­var, 18 nov. 2007, avec Zoran Sangut, défenseur de Vuko­var. Pho­to : ©L.L.Lambrichs.

L’aventure s’est donc pour­suiv­ie, et vu les obsta­cles ren­con­trés – obsta­cles inimag­in­ables en démoc­ra­tie, mais une démoc­ra­tie qui finis­sait, de ce point de vue, par ressem­bler à un régime total­i­taire déguisé – je me suis dit (car « je » par­le sou­vent à « moi ») que la meilleure façon de ten­ter de faire enten­dre ce que j’avais à dire était de m’adresser à un psy­ch­an­a­lyste qui, lui au moins, devait savoir ce qu’était un déni.

Ce psy­ch­an­a­lyste, j’ai mis dix ans à le trou­ver.

J’en ai inter­pel­lé plusieurs – mais sans doute étaient-ils trop occupés par leur pro­pre tra­vail clin­ique pour s’intéresser de près à ce que je ten­tais de leur faire enten­dre.

Finale­ment, grâce à l’entremise de ma sœur Nathalie Georges, psy­ch­an­a­lyste à l’ECF, j’ai ren­con­tré Philippe Bouret à la Foire du Livre de Brive, en 2013, après la pub­li­ca­tion du Rêve de Son­ja [roman, éd. La rumeur libre ; 2013].

Avec Philippe Bouret à la Foire du Livre de Brive, en 2013. Pho­to : ©Syl­vain­Mar­chou.

Quand j’ai com­mencé à lui par­ler, il a enten­du quelque chose d’inattendu pour lui.

Et ça l’a intéressé. Cela prove­nait, m’a‑t-il dit, de mon énon­ci­a­tion.

Il faut dire que ce tra­vail m’habitait et m’habite tou­jours comme aucun tra­vail lit­téraire jusqu’ici ne m’a habitée.

Je veux dire qu’un roman, une fois pub­lié, fait sa vie. On s’en détache.

Ce tra­vail-ci, en revanche, je ne par­ve­nais pas à m’en détach­er tant que je n’arrivais pas à dis­soci­er l’énonciation de l’énoncé et donc, à le faire pass­er, à trou­ver des inter­locu­teurs bien vivants avec qui en par­ler.
Évidem­ment, puisque je dénonçais un déni col­lec­tif, inter­na­tion­al, c’était « nor­mal ».
Et ce qui était « anor­mal », c’était de l’avoir repéré.

La « folie » – au sens de ce qui sort du con­sen­sus tacite ordi­naire – ne pou­vait donc être que de mon côté.

Est « fou » ou « folle », pour les nor­mopathes, celui ou celle qui heurte les con­ven­tions du jour, l’excentrique ou l’original qu’il va fal­loir faire pass­er pour « insen­sé », plutôt que de se met­tre soi-même à penser un peu.

En effet mon prob­lème ou mon symp­tôme, comme on voudra, ce serait plutôt de ne pas être assez folle pour souscrire, sans en rien dire, au déni de jus­tice que j’ai mis au jour.
Ni assez folle non plus pour con­tin­uer de m’avancer seule et sup­port­er seule la vio­lence de ce déni d’État partagé le plus sou­vent par une opin­ion super­fi­cielle­ment infor­mée.

Bosnie, 11 juill. 2006. Au Mémorial de Poto­cari (près de Sre­breni­ca). Pho­to : ©L.L.Lambrichs.
À Viseg­rad, en mars 2008. Avec les femmes réclamant la recon­nais­sance des crimes com­mis. Pho­to : ©L.L.Lambrichs.

 

 

 

 

 

 

 

Ain­si, avec Philippe Bouret, avons-nous écrit Escapade, pour ten­ter d’ouvrir avec ceux qui le souhait­eraient ce débat que seule, je ne par­ve­nais pas à ouvrir en France.

Mon point de vue est que ce tra­vail lit­téraire trans­dis­ci­plinaire, au-delà ou en-deçà de ce qu’il per­met de com­pren­dre, apporte la preuve de la sci­en­tificité sub­jec­tive de la clin­ique freu­di­enne, de même qu’il con­firme le dit lacanien suiv­ant lequel « l’artiste précède le psy­ch­an­a­lyste ».

C’est suff­isam­ment orig­i­nal et déroutant, à une époque où bien des gens sont prêts, dans nos académies, à remiser la psy­ch­analyse au rang des dis­ci­plines « dépassées », pour que j’explique les raisons qui m’amènent à cette con­clu­sion.

Je ne par­le ni le serbe, ni le croate, ni le bosni­aque. Je n’ai pas vécu la Deux­ième Guerre mon­di­ale.
Mais dès 1991, date de l’attaque par Bel­grade de la Croat­ie et de la Bosnie, la con­fu­sion dis­cur­sive que cette attaque a engen­drée dans notre pays a éveil­lé chez moi le sen­ti­ment d’une répéti­tion trag­ique.

Ce qui en 1991 n’était qu’une intu­ition (par déf­i­ni­tion con­testable) est devenu une réal­ité… déniée.

Si je dis cela, c’est que là-bas, en Croat­ie, en Bosnie, en Ser­bie, au Koso­vo, tous parta­gent ce sen­ti­ment de répéti­tion.

Mais tous, bien sûr, ont aus­si des ver­sions de l’histoire dif­férentes, le plus sou­vent aliénées à des mytholo­gies nationales… comme chez nous.

Ce mal d’Europe crée bien des malen­ten­dus, et des malen­ten­dus qui dureront d’autant plus qu’on ne pour­ra pas en par­ler claire­ment, et qui risquent bien de s’envenimer à nou­veau, à la moin­dre étin­celle.

Édi­tion à Zagreb de Nous ne ver­rons jamais Vuko­var, 2006 (inclus dans Comme en 14 ?).

Si mon tra­vail a été traduit à Zagreb, c’est que Mar­i­ja Basic, ma tra­duc­trice, a bru­tale­ment com­pris, grâce à cette lec­ture, ce qui s’était passé, car ce que je met­tais en évi­dence ren­con­trait pré­cisé­ment ce que lui dis­ait son père et ce que bien d’autres, avec lui, soute­naient.

Autrement dit, mon tra­vail rejoignait le sen­ti­ment voire l’expérience de ceux qui avaient vécu aus­si bien la Deux­ième Guerre mon­di­ale que cette dernière guerre.

Cela paraît très étrange, bien sûr, mais cela ouvre à mon sens des per­spec­tives nou­velles, qui pour­raient per­me­t­tre de rétablir des ponts de parole entre des pop­u­la­tions divisées aus­si bien par les respon­s­ables poli­tiques, par des réc­its nationaux auto­cen­trés, que par la Jus­tice Pénale Inter­na­tionale qui a échoué magis­trale­ment, et mal­heureuse­ment, dans sa mis­sion – ce qu’elle dénie bien sûr.

Édi­tion à Sara­je­vo de L’Ef­fet papil­lon, 2007 (inclus dans Comme en 14 ?).

Si j’ai anticipé dans ce tra­vail ce que je pour­rais appel­er aujourd’hui la vengeance ter­ror­iste, c’est que vu les faits avérés, le déni de jus­tice mis en place par l’ONU est d’une vio­lence effroy­able, insue prob­a­ble­ment de ses acteurs, une vio­lence meur­trière qui ne pou­vait que retomber sur la jeunesse actuelle.

Bien enten­du, n’étant pas infil­trée dans les réseaux ter­ror­istes, j’ignore où ils vont encore frap­per.

Mais je n’ai mal­heureuse­ment pas été sur­prise par les atten­tats con­tre Char­lie ou par la tragédie du Bat­a­clan.

Allez donc voir en Bosnie ce qui s’est passé, à l’époque où nos pays soute­naient la Ser­bie de Milo­se­vic (je rap­pelle que l’embargo sur les armes, pronon­cé par l’ONU en 1991, don­nait de fait toutes les armes à Milo­se­vic).

Allez voir ce cimetière, à Tuzla, où sont enter­rés des dizaines de jeunes gens entre seize et dix-huit ans. Des jeunes qui pre­naient un verre à une ter­rasse, comme les nôtres écoutaient un con­cert.

Bien sûr, notre presse n’en par­le pas.
Quand on ne se tue plus, ça n’intéresse plus.
Or le déni dans cer­tains cas, ça tue aus­si, mais autrement.

Bosnie, 11 juill. 2006, au Mémorial de Potočari. Pho­to : ©L.L.Lambrichs.

Cette tragédie a com­mencé à Vuko­var, en 1991.

Cette ville de Croat­ie, aujourd’hui européenne, reste durable­ment trau­ma­tisée, divisée, déchirée, et malade d’une his­toire qui ne peut pas s’écrire tant le refoule­ment insti­tu­tion­nel opère sur ses habi­tants, et tant notre Europe impose désor­mais, par la loi, ce refoule­ment.

Les grands crim­inels sont des gens insen­si­bles, ne l’oublions pas. Ils sont froids comme la mort qu’ils répan­dent autour d’eux.

Alors, si mon tra­vail pou­vait intéress­er et sen­si­bilis­er les lecteurs à cette his­toire, et leur éviter d’être dans le déni de ce qui s’est passé, j’aurais le sen­ti­ment de n’avoir pas entière­ment per­du mon temps.

Après cette incur­sion dans l’histoire trag­ique de notre époque, la lec­ture de Quelques let­tres d’elle sera, j’espère, plus joyeuse.

Car en l’écrivant, con­traire­ment au précé­dent qui m’a longtemps tour­men­tée, je me suis amusée.
Et mon expéri­ence d’écrivain m’a appris que l’humeur que l’on vit en écrivant s’inscrit dans la langue et se trans­met ain­si, sou­vent, aux lecteurs.
Après une péri­ode dif­fi­cile, j’ai retrou­vé enfin l’espace de jeu néces­saire pour me relancer dans le roman qui traduit, lui, d’autres styles de vérités.

Com­ment faire un por­trait de femme en lit­téra­ture ?

C’est une ques­tion déli­cate, si l’on ne veut pas tomber dans la car­i­ca­ture – ces car­i­ca­tures dont la lit­téra­ture, comme la cri­tique, n’est pas avare.

M’inspirant de cer­taines cor­re­spon­dances d’écrivains, j’ai imag­iné ce por­trait en creux à tra­vers un ensem­ble non exhaus­tif de let­tres qu’elle adresse à dif­férents cor­re­spon­dants, ponc­tuées par des poèmes dont on ne sait guère à qui elle les adres­sait en les écrivant.
Pourquoi, ici, en dire davan­tage ? Il ne faut pas vol­er aux lecteurs le plaisir de la décou­verte.
Juste dire peut-être qu’L., qui signe ces let­tres, n’est pas « moi », mais une femme de notre temps en par­tie nour­rie, il est vrai, de mon expéri­ence.
Mais ici, rien de factuelle­ment auto­bi­ographique.
Juste quelques traits, qui don­nent au per­son­nage sa vraisem­blance.

De Louise L. Lambrichs, publiés aux éditions de La rumeur libre : 
Comme en 14 ? Contribution à l’écriture de notre histoire, 24 euros.
Quelques lettres d’elle, 20 euros.
Retrouvez Louise L. Lambrichs :

sur le site de la Mai­son des Écrivains.
sur Face­book.
sur LinkedIn.
son cour­riel : louise.lambrichs(arobase)gmail.com

 

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