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Ce livre fait beauté

Tout a commencé par un message adressé par Guillaume Geneste, m’annonçant la réédition d’un livre de Denis Roche « passé sous silence pour n’avoir été imprimé qu’à 5 exemplaires aux éditions Orange Export Ltd. en 1984 » :

Il m’était également précisé qu’il s’agissait du « livre manifeste » de Denis Roche, « en tout point identique à l’original », et cette fois imprimé à 300 exemplaires, « comme il aurait dû l’être à l’époque ».
L’histoire de cette parution m’a immédiatement séduite – et je remercie de tout cœur Geneste pour l’inestimable cadeau qu’il m’a fait en m’envoyant l’ouvrage pour le blog Sous le pavé la plume.
Chaque image vient écrire une histoire en soi, pour une affaire qui ne regarde que soi – et qui pourtant a été initiée par l’œil de Denis Roche. Ce n’est pas un tourbillon, mais au contraire un lieu où l’on stationne, d’abord juste au bord de la photographie, puis sur un côté, mais pas au centre. On s’arrête là. On voit qu’une table est mise. Que quelqu’un est attendu. Cela pourrait être l’un de nous. Mais non. On ne sait pas. Et pourtant on n’est pas une cochonnerie de voyeur. Pas un invité non plus. On lit l’histoire de cette femme dont on ne voit que la chevelure blonde. Sa tête est à peine inclinée. On suppose une tristesse. Mais c’est peut-être une impatience. Les roses sont bien ouvertes. On dirait que l’histoire est sur le point de décliner. Moi je suis émue.
Sur une autre image, une autre femme, brune cette fois, sa tête elle aussi inclinée, se tient à un mur. Derrière il y a des draps noirs étendus. On aperçoit un morceau d’homme, un bord masculin. Mauvais présage ou consolation ? Je brode, je n’ai pas confiance.

Un peu plus loin encore, un couple. Lui est dédoublé, il a bougé, on dirait un fantôme. Elle le regarde. En quête d’innocence ou de mensonge ? J’ai ma petite idée.
Plusieurs images parlent du corps féminin qui suggère, mais jamais vu par un homme qui fantasme. Non, la force de ces photographies réside dans la puissante liberté exprimée par le sujet – qui n’est donc pas objet. La femme qui montre une partie de son corps décide de sa propre poésie, espiègle ou secrète. Je n’y lis pas cette sensualité rebattue qui incite à jouir, mais le récit de ce que ces femmes ne donnent pas.
Tout dans ce livre fait beauté. Je n’écris pas qu’il fait sens, parce que justement non. Il crée du beau, ce qui inclut le désastre possible, comme toujours ; soupçonnable à chaque regard.
Si vous souhaitez faire un tour de vies – la vôtre, celles du monde entier –, vite, ne tardez pas : procurez-vous ces 12 photographies publiées comme du texte, aux éditions La Chambre Noire. Ce que vous avez à connaître n’a pas de prix : de l’art qui vous cueille  jusqu’au ravissement.

Martine Roffinella
Écrivaine-photographe.

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